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Le RSA : quoi de neuf ?

Le RSA est entré en vigueur le 1er juin 2009. Mais que s’est-il passé depuis ? A-t-il été amélioré, étendu, corrigé après son entrée en application ? C’est l’objet de cet article de faire le point sur ces questions à l’examen de l’année passée et de ce début d’année 2010. Le volet formation professionnelle n’est pas évoqué par cet article qui ne traite que de la prestation financière et des droits connexes.

Le RSA a subi quelques modifications depuis sa généralisation par la loi du 1er décembre 2008 (qui a pris effet le 1er juin 2009).

Extension du RSA à certaines catégories

L’accès au RSA a été étendu aux jeunes de 18 à 25 ans au plus, à condition qu’ils aient déjà exercé une activité professionnelle. Ceci résulte d’un amendement au projet de loi de finances pour 2010, amendement présenté par Martin Hirsch.
Les étudiants ne sont pas concernés. Qu’ils travaillent ou pas, ils ne peuvent prétendre au RSA.

Le quantum d’activité requis sera précisé par décret mais il devrait s’établir à 2 ans d’activité à temps plein sur une période de référence de 3 ans précédant la date de la demande.

A propos des droits connexes liés au RMI et perdus avec le RSA

— Les bénéficiaires de certains contrats aidés (contrat d’avenir et CI-RMA) pourront bénéficier à nouveau des droits connexes au RMI qu’ils avaient perdus en passant au RSA.

Avant la loi généralisant le RSA, les titulaires de ces contrats aidés obtenaient de droit une allocation logement à taux plein et la CMU complémentaire. Le seul statut de RMIste y donnait droit même dans les cas où aucune allocation de RMI n’était versée. Avec le RSA, le législateur a supprimé ce lien automatique entre le statut et le droit connexe (tout est devenu question de niveau des ressources). Du coup, certains bénéficiaires de ces contrats aidés avaient vu leur allocation logement diminuer, sans que cette diminution ne soit compensée par le gain monétaire apporté par le RSA.

La loi de finances rectificative pour 2009 (article 103) a donc corrigé cette anomalie. Cette mesure qui vient réparer une inégalité n’est que temporaire et expirera en 2011, date à laquelle ces contrats auront laissé la place aux contrats uniques d’insertion (CUI).

— Restauration d’autres droits connexes :

Les bénéficiaires du RSA avaient perdu les avantages du RMI : possibilité de donner à son propriétaire un préavis limité à 1 mois au lieu de 3 mois, dispense de justification des ressources pour la demande d’aide juridictionnelle, régime des étrangers extracommunautaires moins dur que pour l’accès au RSA. Sur ces trois points, la proposition de loi de simplification du droit est venue aligner les formalités sur celles, plus avantageuses, du défunt RMI. Notons toutefois que pour l’aide juridictionnelle, seuls les bénéficiaires du RSA “socle” sont concernés et pas les bénéficiaires du RSA “activité” (ou RSA “chapeau”).

Le RSA et la mise en jeu des solidarités familiales

Il faut se souvenir de ce scandale : alors que les bénéficiaires du bouclier fiscal ont été exemptés de tout financement du RSA, l’administration voulait taxer les parents des bénéficiaires. Sous le prétexte d’harmonisation” (au passage, attention à ce mot, il est très employé partout pour des raisons pas toujours très nettes), le gouvernement avait glissé une formule insidieuse dans le texte du formulaire obligeant tout demandeur à demander l’aide financière préalable de ses parents (voire grands-parents), ceci en parfaite contradiction avec la loi votée !

La Direction générale de l’action sociale (DGAS) a fini par dissiper ce “malentendu”, en rappelant que “la législation du RSA est identique sur ce point à celle du RMI”. Ce qui signifie concrètement que l’administration ne peut pas exiger des parents une pension alimentaire. Seules sont comptabilisées les pensions déjà dues à la date de l’instruction de la demande. L’obligation de faire valoir ses droits aux prestations sociales et aux créances alimentaires auxquelles le demandeur a droit concerne seulement le RSA “socle”, c’est-à-dire l’équivalent de l’ancien RMI, mais pas le RSA “chapeau” (fraction du RSA servie en complément des revenus d’activité).

La neutralisation de certains revenus professionnels dans le calcul du RSA

Un arrêté du 17 décembre 2009 précise les ressources “non habituelles” exclues du calcul du RSA. Il définit le “caractère exceptionnel” des ressources professionnelles (ou en tenant lieu) qui sont exclues du calcul du RSA. Deux conditions cumulatives doivent être remplies :

1 Les revenus “ne sont pas perçues de façon régulière et habituelle” (l’article 2 de l’arrêté mentionne trois types de ressources),
2 La somme de leurs montants ne doit pas excéder un double plafond, fixé par l’article
3 de l’arrêté.

Les dispositions de l’arrêté s’appliquent au calcul du RSA versé à compter du 1er octobre 2009.

Le Sénat renonce à amputer de 500 millions d’euros les crédits du Fonds national des solidarités actives

Dans un premier temps, le Sénat, en petite commission, avait adopté un amendement réduisant de 500 millions d’euros les crédits de la mission “Solidarité, insertion et égalité des chances” du projet de loi de finances pour 2010. Motif : trop de crédits disponibles pour le démarrage du RSA (montée en charge plus lente que prévue).
Cela s’est su et, finalement, c’est en séance plénière que le Sénat a rectifié le tir en renonçant à amputer ces crédits.

En conclusion, si l’on peut dire que l’extension du RSA aux jeunes non étudiants est une bonne chose, de même que l’alignement sur le RMI pour certains droits connexes vitaux (surtout en cette période très difficile), il reste des questions non réglées comme la situation des chômeurs en fin de droits de plus en plus nombreux et qui n’ouvrent pas droit au RSA.

N.B : contrairement au site officiel du gouvernement, cet article est à jour de l’actualité juridique. Une seconde partie sera consacrée au volet formation professionnelle (au CUI - contrat unique d’insertion - notamment).

Bilan 2009 de la politique en faveur des handicapés

 

L’année 2009 n’a pas été fertile en mesures relatives aux personnes handicapées. Il faut dire que la loi Handicap de 2005 avait fait le plus gros travail et qu’il ne s’agit maintenant que d’en achever la mise en oeuvre. Le Parlement français vient d’autoriser le gouvernement à signer la convention internationale mais on verra que cela ne changera rien. Que s’est-il passé en 2009 pour les handicapés ? Flash back…

Signature symbolique de la convention internationale en vue :
 
Une loi du 31 décembre 2009 autorise la ratification par le gouvernement de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Adoptée par les Nations Unies le 13 décembre 2006, cette convention ne crée pas de droits spécifiques nouveaux en faveur des personnes handicapées.
 
Le projet de texte du projet de loi en ligne autorisant ratification de la convention rappelle cette réalité : “En France, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a été saisie de 1 177 réclamations pour discrimination en raison du handicap et de l’état de santé au troisième trimestre 2007. Le handicap est ainsi le deuxième motif de discrimination après l’origine.”
 
Cette convention aura peu d’incidence sur le Droit français puisque la loi Handicap du 11 février 2005 fait que la France est déjà bien avancée en matière de droits des handicapés.
 
Il y a un cependant un point sur lequel notre pays risque d’être pris en défaut, c’est l’accessibilité. Certes, la loi de 2005 la garantit pour l’accès aux services en ligne et aux administrations. Mais la Convention est plus exigeante : elle l’étend aux personnes privées. La France devra donc s’y conformer si elle accepte de prendre cette voie, ce qui n’est pas sûr car le gouvernement a tenté de déroger à cette contrainte par un décret du 17 mai 2006 (qui ouvrait des possibilités de dérogation aux règles d’accessibilité pour les constructions neuves). Ce décret a été partiellement annulé par le Conseil d’État mais il ne montrait pas une intention de se conformer à la convention internationale.
 
Favoriser les handicapés “qui se lèvent tôt” ?
 
Il serait excessif de l’exprimer ainsi même si c’est le président Sarkozy qui a impulsé l’idée qu’il fallait mettre les handicapés au travail. C’est d’ailleurs ce que souhaitent aussi beaucoup de personnes handicapées en état de travailler. En 2009 sont intervenues les mesures suivantes dans ce sens :
 
- Reconnaissance automatique de la qualité de travailleur handicapé, lors de l’attribution de l’AAH, et orientation professionnelle immédiate :
 
Désormais, la procédure de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé est engagée systématiquement à l’occasion de l’instruction de toute demande d’attribution ou de renouvellement de l’AAH (allocation adulte handicapé). Il n’y a aura plus nécessité d’une demande séparée spécifique. En outre, toute reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé est automatiquement accompagnée d’une décision d’orientation professionnelle.
 
- Favoriser l’accès à l’apprentissage : La loi de finances supprime la limite d’âge de 30 ans pour l’accès aux contrats d’apprentissage des travailleurs handicapés.
 
- Ne plus pénaliser ceux qui travaillent : la loi de finances supprime la condition, introduite par la loi du 11 février 2005, exigeant que le demandeur d’une AAH n’ait pas occupé d’emploi pendant l’année précédant la demande.
 
Toutefois, la loi sur le RSA a assoupli l’obligation de recruter des handicapés :
 
Un décret du 9 juin 2009 est venu, en application de cette loi, préciser la nature des stages qui peuvent être pris en compte dans le calcul du quota obligatoire de travailleurs handicapés. Ces stages doivent être d’une durée minimale de 40 heures.
 
Notons que l’article 15 du Code des marchés publics tempère aussi cette obligation en permettant aux acheteurs publics de minorer leur contribution au fond Agefiph en passant des marchés avec des entreprises employant au moins 80% de handicapés (ateliers adaptés, ESAT). Mais 1 euro pris en compte dans ce cadre n’équivaut pas à un euro investi dans le recrutement direct d’une personne handicapée par l’administration. Par ailleurs, évidemment, la collectivité ne peut pas s’exonérer de son obligation de recruter des handicapés en passant un grand nombre de marchés avec des entreprises adaptées.
 
Point noir : des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) financièrement étranglées par l’Etat :
 
Une enquête sur les financements de l’Etat menée par l’Association des directeurs de MDPH et rendue le 16 octobre 2009 est venue confirmer ce qu’avait déjà révélé un rapport parlementaire publié le 24 juin 2009, à savoir que les MDPH sont asphyxiées par le refus de l’Etat de compenser les postes. Ainsi, l’Etat doit 34,3 millions d’euros aux Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). De plus, l’Etat compense avec beaucoup de disparités : sa part varie de 12 % à 67 %, selon les rapporteurs du rapport parlementaire, amenant les conseils généraux à compenser le manque financier. L’histoire ne dit pas si l’Etat se montre plus généreux pour les conseils généraux dirigés par l’UMP et ses alliés. Cette différence de traitement selon les territoires provoque des ruptures d’égalité entre citoyens et contribuables.
 
En conclusion, l’année 2009 a aussi été marquée par une volonté de centraliser la politique du handicap : Le Comité interministériel du handicap a remplacé la délégation interministérielle aux personnes handicapées. Placée sous l’autorité directe du Premier ministre, alors que la délégation interministérielle dépendait du ministre chargé des affaires sociales, ce comité doit donner une nouvelle impulsion à la politique conduite par l’État en centralisant l’action menée. 

Que fait le gouvernement pour le logement ?

Alors que sous la présidence Chirac a été votée une grande loi, la loi DALO qui rend opposable le droit au logement, on ne retiendra de la présidence Sarkozy que la loi Molle dont le seul nom est évocateur de la faible volonté de mener une véritable politique du logement. Pire, des remises en cause dangereuses ont été initiées par ce gouvernement dont l’audace (tant vantée par notre président) s’est souvent heurtée à la censure des hautes autorités, nous permettant d’échapper au pire du pire.

Le bilan de l’action en faveur du logement pour l’année 2009 est très décevant. Faisons le point sur l’année écoulée !
 
Cela commençait en fanfare avec la ministre du logement Christine Boutin qui voulait exonérer davantage les communes de plus de 3.500 habitants de leur obligation de respecter le quota de 20% de logements sociaux. Elle voulait comptabiliser l’accession sociale à la propriété dans ces 20% ! Tous les moyens sont bons décidément pour échapper au quota et surtout à la pénalité financière de son non respect, alors au diable les complexes et fi du logement social ! Mais le Sénat veillait et l’a stoppée.
 
Désavouée la ministre ! Allait-elle se décourager pour autant ? Mais non ! De l’audace, on vous dit ! Sans complexe, elle propose donc sa loi. Mais l’Opposition veille et saisit le Conseil constitutionnel qui va censurer 6 articles et pas pour de faibles raisons. Jugez-en plutôt : Le Conseil a invalidé une disposition par laquelle le gouvernement décidait de jouer le rôle réservé au Parlement, à savoir fixer les impôts. En effet, un article décidait tout bonnement de créer un prélèvement sur les organismes gestionnaires du logement social à trésorerie excédentaire (article 4). Le Conseil constitutionnel ne pouvait dès lors que lui rappeler ce qu’elle savait pourtant fort bien (ou alors, elle ne méritait pas d’être ministre), qu’un tel prélèvement nouveau s’assimile à l’impôt et doit à ce titre être défini - en taux et en assiette - par la loi et donc par le Parlement.
 
Naturellement, on trouva encore dans cette loi des “cavaliers législatifs”, ces dispositions qui font cavalier seul et qui n’ont rien à faire dans le texte examiné. Une douce habitude du pouvoir sarkoziste qui s’emploie à faire passer les choses en douce où en des endroits inattendus…
 
Pour terminer l’année, Nicolas Sarkozy annonça le Grand emprunt et, bonne surprise, le secteur du logement social figure au rang des sept grandes priorités stratégiques ! Mais la satisfaction fut de courte durée. En effet, le président escamota l’argent prévu pour le logement social : sur les 2 milliards d’euros proposés par la commission, et surtout par Juppé et Rocard (deux “abrutis” sans doute), le chef de l’Etat ne laissa finalement que 500 millions d’euros. Encore convient-il de préciser que ces crédits n’iront pas au logement social mais…à ”la rénovation thermique des logements privés énergivores abritant les ménages aux revenus les plus modestes“. Vertitude oblige !
 
Alors, on cherchera peut-être une bonne note du côté du PTZ (prêt à taux zéro). Dans le cadre de la relance est décidé le doublement du PTZ. Il s’agit de donner un coup de fouet à la création de logements neufs. Très bien. D’accord. Mais point de doublement pour l’acquisition de logement ancien, d’où une inégalité entre accédants à la propriété selon qu’ils achètent de l’ancien ou du neuf. Et puis, le secrétaire d’état Benoist Apparu d’ajouter que ”le doublement du PTZ est une disposition transitoire, qui est appelée à disparaître en 2011″. Aïe !
 
Une majoration du PTZ, ajoutée par la loi de finances pour 2009, vient se cumuler avec ce doublement mais ne concerne aussi que le neuf. Aïe encore ! .
 
Alors, on me dira que tout n’est pas négatif dans la loi Boutin. Cette loi oblige chaque organisme d’HLM à conclure une convention d’utilité sociale avec l’État d’ici le 31 décembre 2010, ceci afin qu’ils s’engagent sur des objectifs quantifiés d’occupation sociale. Bien. Dans les zones géographiques en crise (”zones de déséquilibre entre l’offre et la demande de logement“), la convention prévoit le dispositif de modulation du supplément de loyer de solidarité et aussi une modulation possible du loyer, à titre expérimental, en fonction des revenus des locataires, nonobstant les plafonds de ressources.
 
Au passage, le gouvernement s’attribuera l’invention du surloyer. Là aussi un classique du sarkozisme (avant lui, il n’y avait rien ! Après lui, il ne peut y avoir que le déluge !) Rappelons que c’est la loi ENL du 13 juillet 2006 qui a institué le surloyer pour les locataires du parc social aux ressources dépassant de 20% les plafonds en vigueur. La loi Boutin s’est contentée d’abaisser le plafond à 10 %.
 
Bon, on rationalise, on contrôle, on priorise, très bien. Mais n’est-on pas en train de gérer la pénurie ?
 
Pour améliorer la mobilité dans le parc locatif social, la loi Boutin du 25 mars 2009 a aussi mis en place, pour les logements sous-occupés et pour les logements adaptés au handicap dont la personne handicapée a quitté les lieux, une procédure de relogement. En cas d’échec du relogement, l’occupant est déchu du droit au maintien dans les lieux. La logique étant de faire de la place pour les vrais nécessiteux en retirant au locataire le droit à tout titre d’occupation notamment lorsque ses revenus sont supérieurs au double des plafonds de ressources. Soit ! Et, bonus, les frais de mobilité sont à la charge du bailleur lorsque le locataire accepte l’offre d’un nouveau logement.
 
Mais, là encore on se contente de gérer le parc existant sans songer à renforcer l’effort de financement de nouveaux logements sociaux. C’était nécessaire mais ce n’est pas suffisant.
 
Et pour les sans-abris (que le candidat Sarkozy avait promis de faire complètement disparaître à l’horizon 2010) ? Et bien, le principe de l’hébergement d’urgence est désormais inscrit dans la loi (article L. 345-2-2 du Code de l’Action sociale et de la Famille). Et la loi « Boutin » charge le dispositif de veille sociale mis en place par le préfet de département d’accueillir désormais les personnes sans abri ou en détresse. Elle fait aussi peser sur les établissements et services d’hébergement une obligation d’informer en temps réel le préfet de département de leurs places vacantes. Elle se montre plus ferme sur les obligations des communes en matière de mise à disposition de capacités d’hébergement.
 
Jean-Louis Borloo, le successeur de Christine Boutin (qui voulait, rappelez-vous, ramasser manu militari les sdf contre leur volonté), a demandé aux préfets de région et de département de reloger avant fin décembre 2009, 30 % des ménages hébergés en centre de stabilisation ou d’insertion. Il s’agissait de libérer les places nécessaires à l’accueil des sans-abri cet hiver.
 
Non seulement, il y a fort à parier que cet objectif présomptueux n’a pas été atteint, mais aussi, malheureusement, on voit bien là encore que libérer les places et optimiser les moyens existants ne suffit pas et qu’il faut renforcer les moyens en logements nouveaux et en places d’hébergements. De nombreux sans-abris et mal-logés l’apprennent à leurs dépens cet hiver encore.
 
Conclusion : une loi MOLLE et une politique très molle du logement en des temps très durs !

Le gouvernement brade le social

On a beaucoup parlé de la décision du Conseil constitutionnel censurant la taxe carbone mais la presse n’a pas dit grand chose sur les autres censures décidées par le conseil des sages et concernant des passages en douce de mesures destinées à faire des économies sur l’aide à l’enfance ou sur les aides aux personnes handicapées. Le but de cet article est de remédier à ces oublis complaisants des médias.

Le gouvernement fait feu de tous procédés sournois pour faire passer des dispositions restrictives d’aides aux publics en difficultés. Il va même jusqu’à décider de violer ouvertement la loi. Il faut croire que la fin justifie les moyens.
 
Ainsi, par décision du 22 décembre (source), le Conseil constitutionnel a censuré 10 articles de la loi de financement de la Sécurité Sociale
 
Le Conseil a considéré que les dispositions incriminées étaient des “cavaliers sociaux”. Entendez par là des dispositions casées dans une loi fourre-tout, celle du financement de la Sécu, où la vigilance des députés n’est pas appelée autour d’un vote spécifique touchant aux questions traitées. Le Conseil a estimé que les mesures passées en douce dans ce projet “n’ont pas d’effet ou ont un effet trop indirect sur les dépenses des régimes obligatoires de base ou des organismes concourant à leur financement.”
 
Cette censure ne concerne pas le fond, autrement dit le Conseil ne juge pas les dispositions inconstitutionnelles mais il adresse un avertissement au gouvernement qui pensait ainsi faire passer très facilement des articles et les soustraire au vote normal. Les mesures censurées concerne l’accueil des enfants en structures et chez les assistants maternels.
 
Plus grave, par une autre décision, du 29 décembre (source 1, source 2), le Conseil constitutionnel a arrêté à temps une disposition, l’article 53, de la loi de finances rectificatives pour 2009.
 
Cette disposition, qui devait passer comme une lettre à la poste prévoyait des cas de dérogations à l’obligation de rendre tout immeuble neuf accessible aux handicapés en vertu de la loi handicap de 2005. La vigilance des collectifs pour handicapés a permis d’éviter ce tour de passe-passe qui n’avait rien de démocratique.
 
Enfin, le Conseil d’Etat cette fois a, par décision du 30 décembre, annulé deux décisions du gouvernement visant à se soustraire à ses obligations légales de financement de la protection de l’enfance.
 
Deux départements, la Saône-Et-Loire (recours déposé par Arnaud Montebourg qui en est le président du Conseil général) et la Seine-Saint-Denis avaient saisi la haute instance en raison du refus des ministres de payer ce que l’Etat doit verser aux départements au titre du fonds de financement de la protection de l’enfance défini par la loi du 5 mars 2007. Le ministre Xavier Darcos avait décidé de ne soumettre aucun décret d’application à la signature du premier ministre, reportant ainsi sans limite l’application de cette disposition de la loi. Quant à François Fillon, il s’était montré encore plus explicite - en sarkoziste décomplexé - affirmant qu’il s’asseyait définitivement sur la loi et ne l’appliquerait pas.
 
Le Conseil d’Etat a annulé les deux décisions, celle implicite du ministre Xavier Darcos et celle du Premier ministre. Ce dernier a toutefois fait un commentaire laissant entendre à demi-mot qu’il n’appliquerait pas non plus la décision du Conseil d’Etat.
 
Cette jurisprudence devrait encourager les autres départements à réclamer à l’Etat leur dû. D’autant plus que la haute juridiction a condamné l’Etat a verser des sommes importantes aux départements requérants et à des pénalités de retard assez conséquentes. A travers cet exemple, on voit comment le gouvernement fait peu de cas des contribuables et des finances publiques puisque en refusant de payer, il met en danger l’équilibre des collectivités locales et les contribuables locaux (sur lesquels celles-ci doivent se reporter) et se voit infliger des condamnations pécuniaires comme si sa dette n’était pas assez lourde déjà.
 
En conclusion, rappelons que ces manoeuvres ne sont pas les premières du genre et que, par exemple, pour les banlieues, le grand plan de financement (plan pompeusement appelé “plan marshall”) n’a jamais été lancé. Quant aux sans-abri qui, selon la promesse du candidat Sarkozy, ne devaient plus être forcés de mourir dans la rue, ils sont de plus en plus nombreux faute de logements et de place en structures d’hébergements d’urgence. Sarkozy a décidé de les ignorer complètement en passant une semaine de vacances luxueuses dans le palais du roi du Maroc d’où il nargue les SDF et les Français modestes qui craignent les lendemains difficiles (et ils le seront assurément !). Le président pourra bientôt dans son Versailles volant voyager autant qu’il veut à très grands frais tout en polluant davantage la planète. Alors, vous pensez, les pauvres, les enfants, les vieux, et les handicapés, c’est vraiment très loin de ses soucis !

L’élève Nicolas devra redoubler

Nous avons pu nous procurer le bulletin scolaire de Nicolas à mi-parcours de son cursus. Le bilan est médiocre. Nicolas a pourtant été averti à plusieurs reprises de l’insuffisance de ses résultats mais il n’en fait qu’à sa tête. Il devra en tirer toutes les conséquences en se préparant dès à présent au redoublement.

L’élève n’a pas tenu ses promesses. Il se montrait pourtant au départ très motivé et rempli d’ambition, disant “d’abord, je veux faire président” pour pouvoir ensuite se lancer dans des activités lucratives qui exigent peu d’efforts. Mais il devra revoir ses ambitions à la baisse et le conseil de classe se montre très réservé quant à une orientation possible en fin de cursus. 
 
Son niveau s’est, en effet, révélé mauvais dans toutes les disciplines.
 
En français, ses interventions orales sont fort mal exprimées et trop souvent même incorrectes. Les devoirs rendus faits à la maison sont bons mais sont-ils vraiment de sa main ?
 
En histoire, c’est simplement catastrophique. Nicolas mélange les références, prenant de grandes figures socialistes, comme Jean Jaurès ou Léon Blum, pour des défenseurs du capitalisme. Récemment, Nicolas s’est montré affabulateur en classe en prétendant avoir participé à la chute du mur de Berlin.
 
En géographie, ce n’est guère mieux. Il confond la France avec les Etats-Unis ! Il a ainsi déclenché les moqueries de ses camarades en prenant le chanteur Elvis Presley pour un grand chef d’Etat américain. Il prétend avoir rencontré ce personnage. D’ailleurs nous avons pu nous procurer la photo truquée (voir ci-joint) qu’il montre à quiconque contredit ses allégations mensongères. Vous noterez que Nicolas s’est grandi sur la photo. La psychologue scolaire recommande de prendre rendez-vous avec elle pour évoquer un possible complexe chez votre enfant, complexe qui serait compensé par des talonnettes démesurément ridicules et une certaine mythomanie voire de la mégalomanie. 
 
Le professeur de sciences s’est plaint à plusieurs reprises auprès du proviseur de thèses qu’il défend auprès de ses camarades à propos de prétendue suprématie de l’inné sur l’acquis et de la supériorité génétique des riches sur les pauvres, des croyants sur les athées, des Blancs sur les Africains.
 
En Sciences de la vie et de la terre, Nicolas se montre vantard sur les initiatives qu’il prétend mener. Rappelons que son devoir sur Copenhague a été noté zéro pointé ! 
 
L’individualisme de Nicolas se manifeste spécialement en éducation physique et sportive où il ignore totalement l’esprit d’équipe. Il veut toujours être celui qui mène le jeu, quitte à refaire la partie à côté du terrain avec des camarades qu’il débauche dans les autres classes. Il appelle cela la technique d’ouverture. Mauvais perdant, il ne termine jamais que les parties qu’il peut gagner et abandonne celles qu’ils voient perdues d’avance. Ces défauts se retrouvent aux conseils de classe où il siège comme délégué élu. Les séances sont troublées par ses initiatives malheureuses qui sont loin de favoriser la sérénité des débats. Alors qu’il lui est rappelé sans cesse de rester neutre, il ne peut s’empêcher de lancer des querelles et de prendre à partie tel ou tel camarade. Il n’hésite pas à désigner des boucs-émissaires lorsqu’il est personnellement mis en cause sur ses piètres prestations de délégué.
 
En musique, Nicolas tente de sauver les apparences en s’asseyant toujours aux côtés de ses camarades Enrico, Mireille, Gilbert, Jean-Philippe et surtout Carla dont il semble épris (et qu’il perdra de vue en cas de redoublement).
 
Ses notions en économie sont très douteuses. Ainsi pense-t-il qu’en période de récession, on ne peut relancer la croissance qu’en donnant beaucoup d’argent aux riches et en sacrifiant les pauvres ainsi qu’en creusant la dette encore davantage et cela sans aucune limite.
 
Mais le pire reste encore à mentionner. Nicolas a de mauvaise fréquentations dans la cour. Il recherche des alliances auprès de garçons de mauvais famille comme Bernard dit “Nanard”, un voyou de triste réputation, ou Mouammar. De plus, il a été établi qu’il propage à l’intérieur de l’enceinte de l’école une idéologie raciste. Ce comportement ne saurait durer et un nouvel avertissement pourrait lui être signifié prochainement.
 
En conclusion, sauf efforts spectaculaires de sa part et un changement radical de comportement, Nicolas devra redoubler pour un second cursus de 5 ans. 

Enfance fichée, avenir fichu

Enfance fichée, avenir fichu

Le fichier “Base Elèves” va attribuer à chaque enfant un Identifiant National Elève, véritable matricule qui le suivra pendant 35 ans. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU s’en inquiète ouvertement sans pouvoir intervenir dans la politique française emportée dans un élan fiévreux nationaliste et sécuritaire . Encore a-t-on échappé au pire en obtenant, par pressions fortes, le retrait des indicateurs sur la nationalité, l’année d’arrivée en France, l’enseignement de la langue et la culture d’origine, etc. 

Dans un contexte de stigmatisation extrême que les propos de la ministre Nadine Morano viennent renforcer, les manoeuvres de fichage systématique auraient bien du mal à plaider l’innocence. Cette obsession du fichage est par ailleurs partagée par le chef de l’Etat qui croit en l’héritage génétique des vices (pédophilie par exemple) et des vertus (son fil prodige qui mérite les plus hauts postes). Mais les soupçons de dangereuse dérive sont confirmés par l’ONU dont le Comité des droits de l’enfant, interrogé sur “Base Elèves” (le fichier des enfants scolarisés) se dit “préoccupé par le fait que cette base de données puisse être utilisée à d’autres fins, telles que la détection de la délinquance et des enfants migrants en situation irrégulière”.
 
De quoi se mêle ce comité diront les exaltés du tout sécuritaire et de l’Identité nationale ? Et bien il est officiellement chargé d’une mission de contrôle du respect de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant signée en 1989 par près de 200 pays. Comment le virer, le limoger ou le museler, renchériront les sarkozistes fanatiques ? Il n’existe aucun moyen. Mais le silence médiatique sur le sujet est bien commode. Donc, qu’ils se rassurent, la “France d’Après” va bon train.
 
Le but officiel poursuivi par l’application informatique “Base élèves 1er degré” est la gestion administrative et pédagogique des élèves de la maternelle au CM2 dans les écoles publiques ou privées“. Mais d’emblée, c’est la chasse aux immigrés qui apparut comme principale visée puisque les éléments exigés étaient la nationalité, l’année d’arrivée en France, l’enseignement de la langue et la culture d’origine, etc. Pour ce qui auraient des doutes, rappelons qu’en 2004, l’Inspection d’académie des Pyrénées-Orientales a reconnu que “Base Elèves” était “la plus grande source d’information sur l’immigration“. Mais le ministre Xavier Darcos dut reculer sous la pression d’un Collectif national de résistance à Base élèves et retirer ces indicateurs stigmatisants et dangereux. 
 
L’école se voit chargée d’un rôle qui n’a rien d’éducatif : constituer un fichier national de la jeunesse ! Un sale boulot en somme. D’où un résistance de nombreux parents d’élèves et de directeurs d’écoles.
 
Cette initiative contestable survient au même moment où le poste de Défenseur des enfants est supprimé. Or, cette fonction s’était révélée très efficace et utile.
 
Elle vient se combiner aussi avec le double fichage systématique des mineurs délinquants :
 
 _ Le Fichier relatif à la prévention des atteintes à la sécurité publique : pour les mineurs âgés de 13 ans et plus et dont l’activité individuelle ou collective indique qu’ils peuvent porter atteinte à la sécurité publique. Sont visées les actions de violences collectives, en particulier en milieu urbain ou à l’occasion de manifestations sportives.
 
_ Le Fichier relatif aux enquêtes administratives : pour les mineurs de 16 ans et plus ayant fait l’objet d’une enquête administrative liée à la sécurité publique.
 
Ces deux fichiers remplacent les fichiers “EDVIGE” et “EDVIRSP” que le gouvernement a dû abandonner.
 
 La Base Elèves, elle, concerne tous les enfants, qu’ils soient sages ou pas. Et le danger est général et d’autant plus grand qu’aucun contrôle ne garantit le bon usage des données récoltées ni leur destruction ultérieure. La CNIL ne joue plus aucune rôle de surveillance et la sécurisation des données ignore complètement le respect des dispositions légales.
Les données collectées dans Base Elèves alimentent le traitement Base Nationale des Identifiants Elèves (BNIE) avec conservation de l’état civil de l’élève et son parcours scolaire pendant 35 ans contrairement à ce qui a été déclaré à la CNIL lors de la création de Base élèves.
 
Enfance fichée, avenir fichu !

Sortir la France de son coma artificiel

Pour Johnny, c’est fait. Mais pour la France, pas encore. Loin s’en faut ! Comme Johnny, notre pays a été plongé délibérément dans un coma artificiel dont il n’est pas encore sorti. Cette thérapie, plus connue sous le nom de “France d’Après”, lui fut prodiguée pour son bien dit-on, pour lui épargner des souffrances insoutenables. D’où cet endormissement profond sous la propagande et le strass. Pour l’en sortir, il n’est qu’un seul remède (mais à ce point on peut parler d’antidote) : l’inversion du processus !

Plongée dans un coma profond, la France ne réagit plus. Quel mauvais chirurgien l’a massacrée avec son bistouri pour la plonger ensuite dans ce coma prétendument thérapeutique ? Pour le comprendre, il faut remonter un peu dans le temps. Cela commença au début des années 2000 avec le thème de la sécurité érigé au rang de doctrine et cela continua avec la pipolisation à l’extrême du moindre mot, du moindre geste de deux candidats à l’Elysée. Oh ! Il y a bien un qui s’est essayé à faire appel à l’intelligence du Peuple avant qu’elle ne s’éteigne tout-à-fait. Mais il était trop tard. Il s’en tira néanmoins avec un score honorable qui laisse augurer quelque espoir dans l’avenir…

Oui, espoir. J’ose ce mot. Car il me semble que mon pays n’a pas été lobotomisé mais simplement plongé dans un coma temporaire. Plongé dans la sidération par la dictature de l’image, de l’immédiateté, de l’argent-roi, des paillettes et des stars de la politique. Régulièrement des piqûres de rappel viennent renvoyer ce grand corps, toujours réticent aux fers et aux tyrans, au pays de Morphée : un peu d’idéologie nationaliste, un zeste de chasse au mauvais Français, deux doigts d’emphase et de mensonge et un doigt de Besson !

On prie aujourd’hui les musulmans (catégorie dans laquelle on englobe tout ce qui est basané) de laisser leurs minarets à l’entrée et de s’essuyer les pieds dans le paillasson judéo-chrétien, tellement usé qu’on ne parvient plus à lire le mot écrit dessus : “bienvenue”. On somme les jeunes de ne pas parler verlan et de respecter les codes vestimentaires digne d’une France des années 40 qu’on voudrait bien restaurer. Le couvre-feu n’est pas oublié et l’uniforme, c’est pour bientôt ? Halte ! N’entre pas qui veut dans le sanctuaire judéo-chrétien de la nation fille aînée de l’Eglise qui, honorant Sa Sainteté Benoît XVI, a inventé le concept de laïcité positive et le principe de supériorité du croyant sur l’athée.

Une puissante médecine maintient le pays en coma artificiel. Cette thérapie de choc comprend : une efficace propagande financée par les impôts de tous, une manipulation des sondages, des procédés de diversion du regard et du cerveau par le divertissement (TF1, presse people, et les jolies dames à bijoux et à toilettes qui se pavanent, la première d’entre elle alliant le ramage au plumage). Sans oublier les coups d’éclat de notre monarque et ses saillies amusantes. Le “DRH du parti socialiste”, recalé au prix Nobel de la paix, et ridiculisé par le ratage du sacre de son fils cadet, parvient toujours cependant à maintenir endormie la France où les grèves ne se voient plus, paraît-il. Sauf évidemment celle - prévisible - de Rachida Dati, députée européenne, du moins c’est ce qui est écrit sur sa fiche de paie, et dont le “drame” nous fait écraser une larme de compassion tant les autres misères ne sont à côté que vaines et indécentes jérémiades.

Voilà l’état du malade ! Il a régressé à l’état antérieur, il a été remis à l’époque de la monarchie et de la richissime aristocratie aux privilèges exorbitants, toujours plus grands ! Une noblesse qui s’amuse de tout et qui se fiche du tiers-état comme du quart. Et il serait parfaitement illusoire d’espérer que le médecin qui a prescrit le coma artificiel décide un jour de lui-même de l’en sortir. Il commence même à effacer la mémoire et à remodeler son Histoire à sa façon, à lui greffer de faux souvenirs.

Le patient ne pourra s’en sortir que par lui-même en inversant le processus : retour à la sobriété et à l’authenticité, à l’échange, au débat autour de vraies lois, véritablement applicables et surtout justes, restauration des lieux de démocratie : l’Assemblée (où les députés ne font plus que passer), les médias libres, le Peuple lui-même qui est muselé devant sa télé qui lui déverse des flots d’idéologie parfois subliminale mais qui tend de plus en plus à se montrer au grand jour et à montrer crûment son affreux fondement.

Pour sortir la France de son coma artificiel, il faut commencer à agir dès à présent et ne pas attendre le moment où l’électrochoc sera rendu nécessaire.

La nation : un temps, un lieu, un but.

La nation est-elle vivante ou figée ? A-t-elle un guide ? Progresse-elle ? Peut-elle s’exprimer comme elle le veut ? Est-elle convenablement représentée ? Toutes ces questions et bien d’autres, qui auraient mérité d’être posées, n’ont laissé place qu’à une seule “qu’est-ce qu’être français” immédiatement traduite par “qu’est-ce qu’un bon français ?” Malgré tout, cet article ne se veut pas polémique mais une incitation à la réflexion et à la méthode.

La nation française ne sait plus se reconnaître, ni ce qu’elle est exactement. L’idée de nation française est à redéfinir par confrontation à l’Europe, par la reconnaissance de ses composantes nouvelles issues de l’immigration. L’idée de nation doit aussi retrouver sa place à côté de celle de peuple, deux conceptions qui s’opposent depuis la Révolution et qui doivent être complémentaires. La Nation doit renaître”
 
Ce passage est extrait de cet article paru sur Agoravox le 26 juillet 2006. J’en suis l’auteur. Cette précision vise plus à témoigner du fait que l’idée d’identité nationale ne me rebutte pas qu’à revendiquer l’antériorité du thème qui, à l’époque de mon article, était tabou à gauche comme à droite.
Ceci étant dit, replaçons le débat dans l’actualité.

 Je voudrais commencer par commenter brièvement la tribune du chef de l’Etat et celle du ministre Borloo dans Le monde. Pour ce qui concerne la tribune du président de la République, mon esprit critique n’a rien trouvé à redire. Le discours est simplement parfait. On retrouve cependant en conclusion l’idée de la création d’un Islam de France qui mérite débat. Et surtout, il y a chez son auteur un décalage énorme entre les mots et les actes. 

 
Quant à la tribune de Jean-Louis Borloo, elle fait une erreur grossière en substituant l’identité républicaine à l’identité nationale. Or, république et nation ne se confondent pas. D’ailleurs, le ministre s’appuie pour arriver à cette conclusion sur l’exemple des philosophes des Lumières qui, rappelons-le, tournaient toute leur réflexion vers le moyen d’instaurer une monarchie éclairée, fondée sur la Raison et non une république.
 
Voici le plan que je propose : la Nation, un temps, un lieu, un but.
 
La nation : un temps
 
Jadis la Nation trouvait à se souder et à s’affirmer dans la guerre (patriotisme et solidarité) et, en temps de paix, par le service national (service rendu à la nation en temps de paix en vue d’un service plus grand en temps de guerre). Aujourd’hui, quels temps sont consacrés à la Nation ? On ne voit pas très bien. Il y a bien eu récemment l’idée du “grand emprunt national” mais qui s’est banalisée en simple emprunt d’Etat sans dimension nationale (les particuliers en étant exclus).
 
Par conséquent, l’idée d’un débat national paraît de prime abord une bonne idée pour faire à nouveau le point et faire les gens se rassembler autour de leurs valeurs communes et de leurs différences. Mais s’il faut des temps dédiés au débat sur l’identité nationale, le moment choisi n’est pas le bon.
 
Borloo affirme dans sa tribune que “dans cette période de mutation“, le gouvernement a lancé une “idée opportune“. Je dirai plutôt que l’idée est opportuniste (électoralisme). D’autre part, notre monde n’est pas plus en mutation ces mois-ci que le reste du temps. Enfin, fallait-il lancer ce débat national au moment des Régionales, évidemment que non. Sauf à vouloir redessiner la nation par comparaison et complémentarité avec les régions, mais ce n’est pas le but poursuivi, on le voit bien.
 
S’il faut un temps à la nation, c’est un temps qui ne soit pas comme une parenthèse que l’on refermera à la veille des élections régionales, en disant “voilà le débat est clos, la nation, nous l’avons définie et c’est ça !”
 
Quels temps accorder à la nation ? 
 
La nation n’étant pas définissable, elle ne peut se concevoir que par confrontation à des moments-clés : au moment des élections régionales pour rappeler le caractère un et indivisible de la République tout en rappelant les diverses composantes qui l’enrichissent (ses peuples “minoritaires”, ses immigrés) mais aussi au moment des élections européennes pour en dessiner plus clairement les contours par rapport à l’Europe, cet ensemble à contour non fini et à personnalité encore frêle. De même, la nation trouve à se forger lors des grands rendez-vous mondiaux. C’est ainsi que la France inventa un jour l’exception culturelle. Ou avant encore le dialogue nord-sud, ou encore qu’elle prit une certaine distance avec le commandement intégré de l’OTAN.
 
La nation : un lieu  
 
Le lieu de prédilection en France depus 1789 est l’Assemblée nationale. On se souvient de la fameuse tirade de MIrabeau : “Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu’on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes.” 
 
Mais aujourd’hui, l’Assemblée ne représente plus le Peuple ni la Nation, c’est le gouvernement (nommé) qui décide de tout en lieu et place des élus du peuple (quelles que soient les imperfections de la démocratie représentative par ailleurs). Ceci se fait sous l’autorité d’un seul. Il semble qu’elle n’ait plus de lieu d’expression. Bien sûr, l’Assemblée est saisie du débat sur l’identité nationale mais la tournure du débat est d’ores et déjà fixée par le ministère du même nom qui a même instrumentalisé Internet pour donner le ton (haineux et centré sur la seule question de l’immigration). Les jeux sont faits et, à lire Borloo qui parle de “si beau travail de conscience“, on en vient à douter voire à se laisser gagner par la nausée. Le “beau tavail” est gâché. 
 
Quant aux citoyens, ils ont beau frapper à la porte pour participer à la discussion démocratique, on les rejette. Le mépris du pouvoir pour la blogosphère est à ce titre assez révélateur. 
 
Le constat est amer ; la nation n’a plus de lieu d’expression. 

La nation : un but
 
La question ne doit pas être “qu’est-ce que la nation ?” mais doit porter sur ce que la nation doit être.
 
Pour poursuivre ses buts, la nation se reconnaît dans ses représentants élus et ses guides. Or, force est de constater aujourd’hui que le président de la République, malgré son statut électif, ne peut se prévaloir d’être le chef incontesté et principal de la Nation, surtout qu’en ce moment le peuple marque sa grande ferveur à l’ancien chef d’Etat, Jacques Chirac ! Il y a là comme un hiatus qui ne peut qu’interroger : le président a-t-il fait ce qu’il fallait pour incarner la nation ? La nation n’est-elle pas orpheline d’un guide ou du moins d’un arbitre impartial ?
 
Parmi les buts que poursuit la nation, il y a la transmission de l’héritage de tous. Dans cet héritage, il y a les valeurs, l’histoire et la culture. Or, on prête plutôt à Sarkozy un pouvoir de sape des valeurs traditionnelles et une volonté d’écarter la culture et l’étude de l’histoire. Les autres buts de la nation sont de favoriser de manière équitable ses enfants. Non pas égalitariste mais équitable “chacun selon ses vertus et ses talents, comme le dit la Déclaration de 1789. Ce qui suppose que la république traite avec respect ses citoyens. Or, la réalité est que les injustices se multiplient et que le pouvoir agit comme une monarchie. Le “citoyen” né de la Révolution avec ses droits et devoirs, retourne à l’état de sujet que l’on vient solliciter seulement pour voter (quitte même à écarter son vote référendaire comme un vote nul et non avenu). L’oligarchie trouve ainsi à se maintenir en place par un simulacre de démocratie . 
 
Un citoyen méprisé ou oublié peut-il se soucier de la nation autant qu’un citoyen respecté et partie prenante ? Les personnes “hors-jeu” sont de plus en plus nombreuses (pauvres, jeunes de banlieues, gens de la ruralité profonde) et quand on est hors du jeu, on ne s’intéresse plus aux règles, on joue parfois même plutôt les pertubateurs. 
 
La nation ne protège plus, la nation ne forme plus des citoyens, la nation ne garantit plus les droits fondamentaux. La nation n’assure plus la solidarité entre les gens de même génération (l’impôt juste dont parle la Déclaration de 1789) ni entre les différentes générations (on creuse la dette sans se préoccuper du legs aux générations futures).
 
La Nation a perdu son but. 
 
La nation a besoin de retrouver un temps - ou plutôt des temps - pour se reconnaître. La nation a besoin d’un lieu pour s’exprimer (par elle-même et par la voix de réprésentants relégitimés). La nation a besoin de retrouver les buts qu’elle a perdus de vue. 
 
La nation a besoin tout à la fois de se transmettre et aussi de se renouveler, de s’exprimer et de progresser. Ces aspirations contradictoires sont conciliables si on considère qu’elle possède un socle, fait de marbre et intangible (la devise de sa république, la laïcité..) et une part changeante qui s’ajuste au gré des évolutions et des débats de société. Ce n’est qu’en respectant cette double identité que l’on fera une nation vivante.

SLAM énerve ! “Je rêvais d’une autre France…”

SLAM énerve !” Album SLAM politique à écouter ou télécharger gratuitement ICI sur Jamendo.fr. Titres :

1 La politique me donne des tics
2 L’identité nationale
3 Comme en 40 pour le CAC 40
4 Le rap de la carotte
5 L’agenda 21
6 La nation française
7 Je rêvais d’une autre France

L’identité nationale :
L’identité nationale,
N’est pas carrée,
Ses angles sont trop obtus.
Et pas ronde non plus :
Son langage est bien trop cru.

L’identité nationale n’est pas rectangle :
Très étriquée, elle t’étrangle !
Elle n’est pas plus de forme ovale :
Laissons cela à la noble balle.

L’identité nationale n’est pas belle,
Elle n’est pas universelle,
Pas non plus européenne.
Elle est simplement pas humaine.

Alors, vraiment ne cherchez chez pas :
L’identité nationale,
Elle est hexagonale.

Les idées en chansons

Souvent une chanson en dit plus qu’un discours. Voris, auteur-compositeur amateur remet le couvert avec :

La Chanson des “Auvergnats” sur l’album du même nom.

Cet album contient aussi le titre “Hadopi est parti” qui évoque avec dérision la disparition soudaine du site de propagande officielle “j’aime les artistes” qui a quitté son URL.

Pour rappel, le précédent album politique “Rock à Sarko

Hadopi est parti :  les paroles :

Le site Hadopi joue à cache-cache.
Trois double-v et double slash
Hadopi, elle avait des ailes :
Elle a quitté son URL !

Hadopi aime les artistes
Oui mais seulement ceux du ministre.
Evidemment la cage aux folles,
Dans ses favoris caracole !

On peut dire qu’Hadopi se thaï !
Il y avait trop de “racaille”,
Dit Miterrand-le-Minus
Qui ne pourra pas en dire plus

A la place nous aurons
Le site de François Fillon,
Le site du premier sinistre
Qui s’appelle “j’aime les arts tristes”.

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Le RSA : quoi de neuf ?
tavernedespoetes - 22 janvier 2010
tavernedespoetes
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