Projet N°3 : la République responsable « 2.0 »

Dominique de Villepin vient de dévoiler son projet dans les grandes lignes. Je partage son constat : le citoyen est  le grand absent de la république. En revanche, nous divergeons sur la plupart des idées proposées : la création d’un impôt citoyen payé par tous, y compris les très bas revenus, le revenu citoyen universel versé aux seuls Français à l’exclusion des étrangers qui, si je comprends bien, n’auraient plus droit qu’aux allocations familiales.

Je suis pour une formation du citoyen et pour sa plus grande implication dans la république. Mais pour moi, cela ne passe pas par la solution d’un impôt citoyen. Un tel impôt ne responsabiliserait pas le citoyen, il le pousserait peut-être plus vers les extrêmes car il en a marre de payer des impôts reposant sur des impostures et dont il ne comprend ni le fondement ni la finalité. D’ailleurs, la Déclaration de 1789 dit que le citoyen a un droit de regard permanent sur les impôts et leur usage. C’est par là qu’il faudrait commencer avant de songer à l’imposer encore davantage au nom de je ne sais quel principe vertueux.

Une chambre de citoyens

Il y a quelques années, je défendais l’idée d’une 3ème chambre, à côté de l’Assemblée nationale et du Sénat : la chambre des citoyens qui pourrait être une chambre d’échange et de  proposition réservée aux citoyens non élus, sans mandat d’aucune sorte. Ceci peut sembler utopique mais cette chambre peut très bien être virtuelle grâce au développement d’Internet, des blogs, des réseaux sociaux et du vote électronique. Cette chambre pourrait jouer un rôle de formation et de soutien dans le cadre des référendums. Elle serait soustraite à toute influence politique et des lobbies. Elle serait la voix de la société civile agissant de façon désintéressée et dans l’intérêt général. Les citoyens-membres recevraient une indemnité de la part de l’Etat.

Des actions citoyennes

Distinctes des actions menées dans le cadre du service civique, les activités citoyennes ne relèveraient ni du travail ni de l’aide sociale. Parce que le travail au sens économique n’est pas toute l’activité. A ce propos, je trouve parfaitement stupide l’acharnement de l’UMP à nous seriner avec la valeur travail dans une société qui perd de plus en plus d’emplois et à vouloir imposer à tout prix des tâches – souvent ingrates ou inutiles – aux chômeurs ou aux bénéficiaires de minimas sociaux sous la menace de leur couper les vivres. Une réforme est dans l’air mais il est peu probable qu’elle passe. Je suis partisan d’actions citoyennes parce que replacer le citoyen dans la république ne peut se réduire à faire peser sur lui une imposition supplémentaire (le citoyen n’est pas qu’un contribuable), cela passe par son rôle actif dans la société. Ces activités seraient rémunérées comme un travail sur un fond financé par le privé au titre de la participation des acteurs économiques aux actions citoyennes. Une des actions prioritaires à mettre en oeuvre me paraît être la formation de base pour tout citoyen. Chacun doit pouvoir décrypter les enjeux de notre vie en société sans le prisme déformant des idéologies partisanes. Un viatique pour chaque citoyen le rendrait plus responsable, plus vigilant, plus impliqué et le remettrait aussi sur le chemin des urnes…

Eduquer le regard et l’écoute

Cela paraît tout bête mais une grande part des incompréhensions, des malentendus, de l’abstention et des tentations extrémistes viennent d’un handicap visuel et auditif. Le citoyen cantonné au rôle de spectateur ne sait pas décoder les images dont on l’abreuve. Il ne sait pas non plus écouter. Pour finir, il faut bien sûr qu’il ait le droit à la parole et c’est le sens de mes deux propositions précédentes.

– former l’écoute : tout un chacun doit pouvoir bénéficier d’une aide voire d’une formation pour apprendre à écouter l’autre sans l’interrompre, à saisir son message, à le restituer, avant de donner sa propre opinion. Ainsi qu’une formation au travail collectif, en équipe. Il faut par ailleurs développer le sens auditif à l’école.

– éduquer le regard : l’émission « arrêt sur image » avait cette vertu et beaucoup de citoyens actifs (blogueurs…) regrettent sa disparition. Ce genre d’initiative devrait être généralisée pour former le jugement autonome de tout citoyen. Le résultat à terme ne pourra être que bénéfique pour la démocratie : fini les images racoleuses et truquées, abêtissantes ! Fini les slogans simplistes : Fini la manipulation par l’image ! Le rôle des médias en serait amoindri mais celui du citoyen en sortirait renforcé.

Les leaders politiques seraient ainsi contraints de rendre leur discours plus mâtures et plus crédibles, s’adressant à des citoynes miieux éduqués, mieux impliqués et plus responsables.

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Une réponse à Projet N°3 : la République responsable « 2.0 »

  1. Matif dit :

    Le vote électronique reste une utopie, certes largement vantée par ses marchands, mais qui ne respecte pas une caractéristique fondamentale des élections démocratiques : la transparence.

    Le mot « scrutin », synonyme d' »élection » porte en lui la nécessité du contrôle citoyen. Il a la même origine latine que « scruter » et « scrutateur » (scrutinium : action de fouiller, de scruter). Il nous rappelle que la transparence qui autorise le contrôle populaire du déroulement de la journée de vote fait intimement partie des élections. Avec le vote électronique il n’y a plus ni scrutin, ni scrutateur.

    Loin d’être une remarque de passéiste technophobe, ce point de vue est exprimé par les informaticiens les plus pointus.
    L’ASTI, association de 5000 informaticiens (chercheurs et professionnels) : «l’ASTI recommande que […] pouvoirs publics, partis politiques et société civile ne recourent en aucune manière au vote électronique anonyme »
    http://www.ordinateurs-de-vote.org/Communique-du-20-decembre-2007-Une,10360.html

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