Produisons !

Villepin se lance dans la campagne et dans son programme figure le fameux « revenu universel » : une rente versée à tous, quels soient les revenus, et censée supprimer toutes les aides sociales.

Je suis opposé à l’idée de « revenu universel » de Dominique de Villepin

Pour diverses raisons. La première raison : les risques de dangereuses dérives inégalitaires. En effet, on n’examinerait plus les situations financières des gens qui seront supposés se débrouiller seuls avec la somme qu’on leur attribuera. Ce qui est le contraire de l’aide sociale fondée sur le besoin évalué par des professionnels. Contraire aussi à l’accompagnement social souvent indispensable aux plus fragiles. La deuxième raison : le financement qui sera très problématique. La troisième raison : je préfère l’esprit d’entreprise à l’esprit de rentier. Les revenus d’assistance ne sont pas investis dans la production.

Je juge intéressante une initiative de Martin Hirsch.

L’idée de dotation d’autonomie pour les jeunes. Extrait de l’article de Martin Hirsch dans Le Monde du 12 décembre 2011 : « La dotation d’autonomie, c’est ce que nous proposions dans le Livre vert sur la jeunesse, en alternative à une allocation : un capital versé au moment de la majorité. Dans le Livre vert, nous suggérions qu’il soit décroissant en fonction des ressources de la famille, pour lui donner un fort caractère redistributif, et nous avions laissé ouvertes deux options : celle d’une dotation libre d’emploi pour le jeune ou celle d’une dotation fléchée, ne pouvant être utilisée que pour un projet de formation ou d’emploi. Nous savions que la dotation d’autonomie, pour être efficace, doit coûter 4 à 5 milliards d’euros. Le plus logique serait de la financer par un rétablissement des droits de succession. En prélevant au moment de la transmission et en dotant au moment de la majorité, on rebat les cartes. Faire de la jeunesse et de la réduction des inégalités une seule et même priorité passe par financer une dotation d’autonomie par un impôt sur les successions. »

En effet, pourquoi un revenu universel alors que la redistribution sociale des revenus fonctionne assez bien en France (*) ? Grâce à l’Etat et aux collectivités  (prestations familiales, aides sociales). Le revenu universel n’assurerait en réalité qu’un statu quo. Rien de plus pour les moins aisés, avec même des risques d’injustices liées à l’aspect forfaitaire de l’allocation (plus aucun examen particulier des situations).

(*) (on peut quand même l’améliorer…)

C’est plutôt la répartition des patrimoines qui serait à revoir car elle est très injuste. Injuste, elle l’est de plus en plus en raison de la loi supprimant les droits sur les successions. Je me suis surpris à imaginer l’autre jour une grande loterie nationale avec dotations aléatoires aux gagnants qui auraient comme obligation d’investir une bonne part de leurs gains. Une nouvelle donne pour relancer l’investissement. C’est une solution assez utopique, je l’admets. Le Livre Vert de Martin Hirsch qui a fait l’objet d’un débat plus large que mon idée farfelue, propose une solution autre qui permet de redistribuer du patrimoine mais de façon ciblée et non plus aléatoire.

Je dis « pourquoi pas ? » en approfondissant toutefois le concept. Doter les jeunes d’un capital, oui. Mais les éduquer au préalable : cours de gestion et d’économie (cela évitera bien des situations de surendettement personnel…), obligation de consacrer cet argent à des investissements (mais le plan épargne logement serait considéré comme une forme d’investissement : pour aller dans le sens d’une France de propriétaires) . La reprise des études serait aussi vu comme un investissement (meilleure adéquation au marché de l’emploi, recherche de son bonheur personnel dans le cadre d’une activité plus appropriée).

A titre de complément, voici les solution (plus orthodoxes !) de François Bayrou pour favoriser la production de notre pays :

– Comment réindustrialiser la France ? « On met les grandes entreprises en réseau avec les petites entreprises pour que ces dernières accèdent aux process de production, on met à égalité les PME et les grandes entreprises par une simplification du droit fiscal et social. On réinvente le travail que faisait autrefois le commissariat au plan pour définir les nouveaux secteurs ou les secteurs abandonnés à reconquérir en commençant par le haut de gamme. On crée un label sur la production en France pour que le consommateur devienne un acteur de cette politique. On travaille sur l’image de marque du pays car c’est à cause de cette image de marque que nous perdons les marchés à l’exportation. On travaille sur la refondation de la confiance sociale parce que la confiance entre syndicats et entreprises est une donnée clé de la reconquête. » (lien vers l’article complet)

– Perte de pyramide et déficit commercial pharaonesque

« Ce qui me frappe, c’est l’absence de réflexion et de prévision sur la situation du pays et sur les causes de ses faiblesses : déficit, dette, chômage, modèle social en crise, absence de capacité fiscale, etc. Or, la cause de tous ces maux est parfaitement indentifiable : on ne produit plus en France et, partant, on a laissé se créer une hémorragie cataclysmique du commerce extérieur. Cette situation relève d’un double paradoxe.

Premièrement, la France est l’un des pays les plus technologiquement avancés au monde. Nous savons faire des fusées, des avions, de la pharmacie, des voitures. Nous avons gardé le sommet de la pyramide de production, mais nous en avons perdu la base. C’est cela qui est la cause de notre déstabilisation.Deuxièmement, ce n’est pas le chemin qu’on suivi les autres pays européens. L’Allemagne, l’Italie, la Belgique, avec la même monnaie et les mêmes salaires que les nôtres, ont gardé de larges gammes de produits. Nous c’est table rase. Tous ces problèmes sont liés. Un pays qui voit s’enfuir 75 milliards d’euros de ses ressources nationales, notre déficit commercial, et dans lequel, parallèlement, il y a une augmentation constante du nombre des foyers, cela conduit à une baisse du pouvoir d’achat, au chômage, à une crise des service publics. Alors la tentative désespérée, c’est le déficit pour continuer de soutenir un niveau de vie qui, en réalité, n’est plus équilibré par suffisamment de ressources. Et au bout du chemin, il y a le surendettement. »

« On ne peut pas redresser le pays, y compris ses finances, sans un plan pour se remettre à produire en France. Dans tous les domaines, agricole, industriel, culturel, numérique, de services. Il faut à tout prix équilibrer notre commerce extérieur. Certes, c’est très compliqué. Cela exige que l’on fasse de ce sujet une obsession nationale. J’en viendrais volontiers à repenser un Commissariat au Plan, un lieu où tous les acteurs concernés seraient appelés à se retrouver pour définir une stratégie nationale de soutien à la production. Nous avons des grandes entreprises qui maîtrisent les technologies les plus contemporaines. Grâce à des mises en réseau, elles devraient pouvoir les mettre à disposition des PME. Nous avons aussi la chance d’avoir des réseaux de distribution parmi les plus puissants de la planète, c’est un impératif national qu’ils portent une part de la production de notre pays. (…). Il faut reprendre et stabiliser notre droit du travail, inadapté, trop complexe et trop changeant, ce qui décourage les investisseurs. Ce que nous avons à assumer est du même ordre de grandeur qu’au moment de la reconstruction du pays à la Libération. Et cela exigera des réponses politiques inédites.

Quant à la « TVA sociale » : « J’ai autour de moi des défenseurs acharnés de la TVA sociale, comme Jean Arthuis. Moi, je suis moins convaincu. Mais le débat est ouvert. Les transferts envisagés n’entraîneraient qu’une baisse marginale du coût du produit, peut être de l’ordre de un pour cent, mais risquent, en revanche, d’être lourds pour le consommateur. Je crois au contraire de mes amis que la question du coût du travail n’est pas la plus fondamentale, et heureusement, s’agissant de la créativité du pays. » (lien vers l’article complet)

 

 

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