La nouvelle chanson française (1)

« N’en déplaise à certains, je ne regrette pas d’avoir voté Bayrou en 2007 et je suis convaincu que ce sont les électeurs de Royal qui devraient se repentir. » Engagés, pas engagés les auteurs-compositeurs d’aujourd’hui ? Cette citation d’Arnaud Fleurent-Didier pourrait laisser penser qu’ils sont politisés. Mais ce n’est pas le cas. Ils gardent leur distance avec la « chose » publique. Le supplément culturel du Figaro du 11 avril braque ses projecteurs sur les nouveaux auteurs-interprètes français qui chantent dans la langue de Molière, alors que la tendance récente de nombreux artistes était à l’anglais (groupes  Phoenix, Cocoon, Aaron…). On trouve dans cette nouvelle scène beaucoup d »héritiers de Gainsbourg ou de Bashung. Ou de Dominique A, considéré souvent comme le pionner de la Nouvelle Scène de la chanson française. Peu se revendiquent des générations précédentes : les Barbara, Brel, Ferré, Brassens, Ferrat… Ce premier volet sera consacré aux artistes mis en lumière par le Figaro : Bastien Lallement, Joseph d’Anvers, Alex Beaupin, L. , Arnaud Fleurent-Didier.

Bastien Lallement

Sous le label Tôt ou Tard, il publie l’album « Les premiers instants »  (écouter sur Deezer). On sent ici l’inspiration de Brassens. Après « Les Erotiques », son 3ème album, « Le Verger », fait inévitablement penser à Gainsbourg (des années 60) dans le phrasé et par les jeux de mots. Sur cet album figure notamment « Les Fougères » où cette influence se perçoit nettement. A écouter aussi « Les empoisonneuses », un titre qui montre combien Bastien Lallemant puise aussi son inspiration dans le roman noir. L’album Le Verger a été réalisé par deux confrères, Albin de la Simone et Bertrand Belin. Il s’agit ici plus de narrations et d’ambiances que de chansons à textes. Voire des univers graphiques dessinés par cet ancien étudiant des Beaux-Arts.

L. (Raphaële Lannadère)

Tout comme « M », Raphaële Lannadère a choisi de se faire désigner sous une simple initiale mais elle n’a pas de patronyme connu dans le métier de la chanson. Elle ne doit tout qu’à elle-même. Elle se forge la voix dans un groupe polyphonique interprétant des chants du monde ( gospel, chants corses, tziganes, pakistanais…). Elle se produit sur de nombreuses scènes. Elle débute ensuite une carrière solo e forme ensuite en reprenant les grands classiques (Piaf, Ferré, Brel, Barbara….Elle se fait connaître enfin avec ses propres créations comme le titre « Petite » qui fait date et marque un style personnel à part. Elle parvient à sortir de l’anonymat sans maison de disques ni soutien promotionnel. Profonde et poétique, son œuvre côtoie divers genres musicaux : rock, Hip-hop, trip-hop, tango, Fado, etc.

Son album « Initiales » sur Deezer (peu fourni pour l’instant)

Son site officiel

Joseph d’Anvers

Contrairement à ce que son nom laisse penser, il n’est pas belge. Il a choisi son nom de scène en empruntant le prénom d’un de ses grands-pères et le nom de la station du métro parisien Anvers située proximité de son lieu de résidence. Il est aussi écrivain après avoir été opérateur du son pour le cinéma. En 2006, cet ancien boxeur publie son premier album intitulé « Les choses en face » qui inclut un duo avec l’artiste Miossec : « La vie est une putain » et « Nos jours heureux« . En 2008, il participe à l’album Bleu Pétrole d’Alain Bashung (la chanson « Tant de nuits »), et compose l’intégralité de « L’Homme Sans Âge » pour Dick Rivers. Joseph d’Anvers continue d’écrire et des artistes comme Françoise Hardy, Amandine Bourgeois font appel à lui. Rage et douceur impriment l’œuvre de cet artiste qui, en 2011, sort l’album « Rouge fer » qui comprend notamment « Ma peau va te plaire« .

Alex Beaupain

Quand on fait Sciences Po, on peut finir député et parfois… dépité ! Comme Alex, créateur de textes amers sur notre société qui va mal, ou sur l’abandon amoureux. Il faut dire que sur ce deuxième point, la vie l’a servi : à 26 ans, il a perdu brutalement sa petite amie. Cette expérience lui a donné une seconde naissance artistique : « J’ai commencé à écrire des chansons que je trouvais importantes, je n’étais pas très volontaire avant, je le suis devenu… »  Il n’a pas, contrairement à son père, le look coco (père cheminot cégétiste) mais plutôt dandy. Sa filiation est double : la génération des Brel, Barbara, Brassens qu’il écoutait quand il était enfant et les Souchon, Gainsbourg, Daho, Murat, Bashung. Dans « Libération » on dit aussi qu’il est l’enfant de Calogero et de Dominique A.  « Je suis mélodiste comme le premier et j’écris des textes personnels comme le second« , précise l’intéressé.

Alex est monté de la province comme son ami le cinéaste Christophe Honoré qui l’engage comme compositeur sur son premier court-métrage. C’est le début d’une longue collaboration. Il a lui-même un bac A3 cinéma. On le découvre surtout à travers “Les Chansons d’amour”, qui illustre le film de Christophe Honoré, dont il signait la bande-son. Alex Beaupain y racontait  le deuil qui l’avait frappé quelques années plus tôt. La chanson d’amour retrouve avec lui, « une intensité, un lyrisme et une vitalité qui semblaient perdus » (Télérama). Avec « Pourquoi battait mon cœur », son 3ème album, Alex Beaupain change de registre. Il se tourne vers la chanson quasi-engagée. Comme dans son titre « Au départ » (si vous supportez le son électronique), dans lequel il revient sur le parcours politique de la gauche de 1981 à 2002. Alex Beaupain refuse la chanson frontalement engagée mais rejette tout autant les normes et les valeurs dominantes. « Au Ciel » cache derrière une musique pop une blessure intime.

Arnaud Fleurent-Didier

Arnaud Fleurent-Didier (AFD) a mis en musique le discours prononcé par Dominique de Villepin à la tribune de l’ONU le 14 février 2003. Ce fait d’armes a fait sa notoriété sur Internet et lui a valu une interview sur CNN. Sa prise de position en faveur de François Bayrou a aussi fait parler : « N’en déplaise à certains, je ne regrette pas d’avoir voté Bayrou en 2007 et je suis convaincu que ce sont les électeurs de Royal qui devraient se repentir. » Il passe donc pour un « chanteur de droite » mais qui n’est pas catalogué  « chanteur de droite » depuis que Cali s’est positionné à gauche, objecte-t-il.

Sur le plan musical, les héritages d’Arnaud Fleurent-Didier se nomment Michel Legrand (pour la flamboyance de ses orchestrations),  Michel Polnareff (pour le timbre aigu), William Sheller, Burt Bacharach, Michel Berger. Mais aussi les Smiths, dont il est « fan ultime », et Pierre Vassiliu.

Sur le plan des textes, il aborde le domaine sentimental, mais aussi d’autres sujets tels que les rapports parents-enfants (Si on se dit pas tout), le rapport au passé (Mai 68 ou l’Occupation dans Mémé 68), la légèreté et l’humour (Risotto aux courgettes).

Arnaud Fleurent-­Didier, 35 ans, chanteur et cinéphile, est aussi ingénieur de formation. La société de prestation de services qu’il a créée lui a permis de financer le label French Touche.

Album « La Reproduction« . La chanson d’ouverture, « France Culture », vise ses parents, bourgeois ordinaires et fossoyeurs des utopies soixante-huitardes : « Ils n’ont fait aucun commentaire sur Mai 68, ni commentaire sur la société du spectacle, mais ils savaient que Balzac était payé à la ligne et qu’on pouvait en tirer un certain mépris, ils ne connaissaient pas d’histoires de Résistance ou de Gestapo, mais quelques arnaques pour payer moins d’impôts, ils se souvenaient en souriant de la carte du PC de leur père… Ce n’est pas qu’un texte critique« , explique l’auteur, chanteur-compositeur. « C’est aussi une chanson d’amour filial, le vrai amour, pas celui où tu dis ‘Papa, je t’aime. »

Album « La Reproduction » à écouter sur Deezer.


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