Cindy, 5 ans, en pâture à l’opinion publique

Je n’avais aucunement l’envie d’intervenir sans cette affaire en raison de l’exploitation de l’émotion qui a fait les choux gras de la presse à sensation et de TF1, comme on sait, les spécialistes de la psychologie infantile.  Mais voilà que le très réputé  juge des enfants Rosenczveig sort de son devoir de réserve pour  crier à son tour avec la meute avec des mots insultants pour le service de l’Aide sociale à l’enfance du département du Gers.  Je cite : « pratique moyenâgeuse digne de la DDASS de grandes heures », « On n’est plus du temps des Thénardier de Montfermeil. Des liens se nouent très rapidement entre l’assistante familiale et l’enfant… », « Ajoutons que c’est aussi ce qui leur est demandé par-delà le gite et le couvert. Sinon on ferait appel à un Formule 1. »

Donc, ça y est l’irresponsabilité est générale. Chacun se croit autorisé à donner son avis tranché et définitif dans cette affaire si complexe, si délicate. Et les parents là dedans ? Pourtant détenteurs de l’autorité parentale, je le rappelle. « Et bien, rien à faire ! Moa je sais mieux ! » se dit tout un chacun en postant son commentaire ici ou là sur la blogosphère à la suite d’un des nombreux papiers retentissants des bonnes âmes qui ne s’émeuvent du sort des enfants que le temps d’un buzz profitable à leur blog, à leur journal.

En ce qui me concerne, ayant travaillé plusieurs années comme attaché à l’enfance dans un service ASE, je sais combien sont difficiles à prendre ce genre de décision et que les apparences ne sont jamais simples. Je trouve déplorable la position indignée et partiale de certains médias et celle du juge précité.

Nul ne peut prendre parti dans cette affaire sans avoir minutieusement étudié tous les faits ainsi que l’historique et entendu tout le monde : parents, professionnels, juge des enfants compétent, famille d’accueil. Qui affirme l’inverse est un idiot ! Je le redis, par expérience.

Je ne prendrai donc pas parti. Je relève quand même que l’on ne parle pas des parents comme s’ils étaient pris comme partie négligeable.

Les services ASE sont loin d’être parfaits et ont peut-être commis des erreurs. Mais une famille d’accueil ne doit en aucune façon prendre la place des parents ni forcer les choses pour parvenir à ses fins (adoption souhaitée). Les assistants familiaux sont des professionnels et à ce titre ils sont tenus au devoir de réserve. Où va-t-on s’ils se mettent à tout déballer sur Facebook comme c’est le cas ici ? Quid de la vie privée de l’enfant et de ses parents ? C’est grave.

Ajoutons que le service de l’Enfance travaille pour un retour possible de l ‘enfant dans sa famille (plus probablement, chez le père) et,  à défaut, au moins au maintien des liens affectifs avec ses  parents. La loi l’y oblige, alors permettez qu’il fasse le travail que la loi exige de lui ! Or, il se trouve que la famille d’accueil a mis les bâtons dans les roues des professionnels en partant d’emblée sur l’idée de l’adoption (soi-disant « promise » : par qui ? Quels propos ont-ils entendus ou déformés ?) et en sabotant, semble-t-il, ce projet. Puis, loin de corriger son attitude, la famille d ‘accueil a refusé de collaborer au départ progressif de l’enfant par une préparation adéquate qui avait pour objectif de minimiser le traumatisme pour Cindy. Elle a néanmoins permis des week ends de Cindy dans une famille d’accueil relai. Elle a ainsi obligé la « méchante » « DDASS » à « enlever » l’enfant, puisque telle est désormais la version qui domine dans l’opinion qui n’aurait jamais dû avoir à se mêler de cela. Qui paie les pots cassés de cette attitude ? La gamine, hélas !

Mais j’ai bien dit que je prenais pas  partie. Je le sais trop bien, il y a aussi des conflits entres intervenants qui nuisent à l’intérêt de l’enfant, une famille d’accueil peut avoir des relations bien placées qui lui donnent une vision des choses différents de celles de l’ASE… Il peut y avoir des erreurs d’aiguillage lors du premier placement (il est certain qu’un des moyens d’éviter un sur-investissement affectif est de chercher d’abord une famille d’accueil temporaire. Ce n’est pas la seule garantie, il y en a d’autres). Le point de vue de la psychologue est parfois surestimé parce plus neutre parce que plus expert…Etc.

En résumé, je n’approuve pas le juge Rosenczveig qui semble en faire une affaire personnelle parce qu’il se sent heurté dans ses convictions de gauche par la décision d’un président du Conseil général, gauchiste comme lui, mais qu’il lui faut épingler pour hérésie (je simplifie).

Je désapprouve totalement les journaux et blogs qui traitent cette affaire privée de manière superficielle et excessive.

Je le redis encore : en dépit de mon expérience de l’ASE (comme « client » (1) puis comme décideur), je me sens incapable de trancher ici sans examen approfondi pour dire, non pas qui a raison et qui a tort parce que je m’en fous, mais où est – en ce moment et à l’avenir – l’intérêt de l’enfant et quelle décision il faut prendre. Sauf que, il paraît impossible d’ignorer à présent ce que l’opinion publique en a fait et il ne faut pas être grand devin pour affirmer comme Rosenczveig que le juge des enfants va devoir retoquer la décision du président du Conseil général du Gers.

(1) (comme enfant et non comme parent)

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8 réponses à Cindy, 5 ans, en pâture à l’opinion publique

  1. l'hérétique dit :

    Bonjour Taverne

    vous auriez un lien vers l’affaire pour que l’on comprenne de quoi il ressort ?

  2. Bonjour L’Hérétique,

    Je n’ai pas trouvé de site sérieux mais on en parle partout dans la presse en ligne. Il suffit de taper les mots clés Cindy 5 ans et Gers. On en que trop parlé justement. Mais comme je le dis je n’ai pas trouvé un seul article approfondi et neutre. C’est encore le juge Rosenczveig qui en parle le mieux.

  3. calendulaviolet dit :

    Bonjour,

    Pourquoi toujours dévié le problème? la réponse se déroule sur deux niveaux, ne confondons pas tout! un assistant familial (famille d’accueil) accompagne au sein de son foyer des enfants qui ne sont pas les siens et sa fiche de paie lui le lui rappelle mensuellement.
    Les parents restenta ua centre, ici sur notre département pour le moindre déplacement en vacances, la moindre activité spotive ou culturelle, le moindre voyage scolaire, c’est les parents qui doivent signer les autorisations.En tant qu’asssistante familiale, je peux dire que jamais les parents des enfants n’ont été si préents et tant mieux! M

  4. calendulaviolet dit :

    Bonjour,

    Pourquoi toujours dévié le problème? la réponse se déroule sur deux niveaux, ne confondons pas tout! un assistant familial (famille d’accueil) accompagne au sein de son foyer des enfants qui ne sont pas les siens et sa fiche de paie lui le lui rappelle mensuellement.
    Les parents restent ua centre, ici sur notre département pour le moindre déplacement en vacances, la moindre activité sportive ou culturelle, le moindre voyage scolaire, c’est les parents qui doivent signer les autorisations.En tant qu’assistante familiale, je peux dire que jamais les parents des enfants n’ont été si présents et tant mieux! Mais ce n’est pas de cela que l’on parle, ce n’est pas cela qui nous bouleverse…ce sont les conditions dans lesquelles les déplacements d’enfants sont faites lors de « sur investissement affectif « d’une famille d’accueil et partout c’est la même chose…on retire l’enfant du jour au lendemain, on laisse mm parfois ses affaires sans jamais les rechercher, on demande à la famille qui les a élevés de ne plus avoir de contact, de les oublier..sans se demander ce que cela va laisser comme trace chez l’enfant déplacé mais aussi au sein de la Famille d’accueil et des enfants de celle ci quand il y en a..Ne pouvait on pas préparé ce départ, faire intervenir une psychologue? créer un pont entre la famille Boyer et la nouvelle famille d’accueil, ou trouver une famille relais pour essayer de faire accepter la réalité si dure de la séparation? Vous parlez de droit et encore une fois moi je vous parle de cœur….et la question vaut à mon sens la peine d’être posée publiquement pour y trouver la juste réponse et ce bien entendu dans l’intérêt de l’enfant.

  5. Balthardluc dit :

    Ci-joint deux liens parus dans la presse aujourd’hui où les vrais parents s’expriment pour la première fois par l’intermédiaire de leur avocat:
    http://www.sudouest.fr/2011/02/11/les-parents-de-cindy-sortent-de-leur-reserve-315793-2277.php#commentaire_marqueur_position

    http://www.ladepeche.fr/article/2011/02/11/1011241-Auch-Les-parents-de-Cindy-sortent-du-silence.html

  6. Christine dit :

    Bonjour,
    suite au lien donné par Balthardluc, voici ici un article plus complet :
    http://www.ladepeche.fr/article/2011/02/15/1014433-Garde-de-Cindy-attaque-defense-les-strategies-s-affrontent.html

    Le juge Rosenczveig :
    http://www.sudouest.fr/2011/02/08/un-juge-pour-enfants-se-penche-sur-le-cas-de-cindy-313006-4627.php

    Le récit de « l’enlèvement » :
    http://www.sudouest.fr/2011/02/03/cindy-a-quitte-sa-famille-d-accueil-brutalement-308057-648.php

    Quant à tavernedespoetes, bon nombre de suppositions et d’insinuations dans votre article…
    Comme le dit calendulaviolet, vous détournez le problème. Ce qui a ému et scandalisé l’opinion publique, c’est la manière dont cette enfant a été « déplacée » telle un objet. Rien ne le justifiait et la médiatisation de ce type de pratique est bénéfique. La famille d’accueil a été très courageuse de briser la loi du silence sur le sujet, sachant qu’elle a tout à y perdre. Il faut que les gens sachent qu’en 2011, cela se passe encore comme cela !
    Vous dites « Elle a ainsi obligé la “méchante” “DDASS” à “enlever” l’enfant » Mais la « méchante DDASS » n’était obligée à rien, elle pouvait très bien faire un changement de famille d’accueil progressif et elle en avait le devoir puisque seul « l’intérêt supérieur de l’enfant » doit la guider.
    Les services sociaux se devaient de protéger l’enfant de leur conflit avec la famille d’accueil, au lieu de cela elle a préféré sacrifier cette petite fille pour justement s’économiser la gestion d’un conflit. Est-ce cela « l’intérêt supérieur de l’enfant » ?

  7. regimebio dit :

    Bonjour,oui,les parents ont des droits puisqu’ils ne l’ont pas abandonnés (enfin!)mais ils ont surtout le droit et le devoir de la rendrent heureuse pour qu’elle puisse s’épanouir pleinement dans la joie et le bonheur.Donc la meilleur solution possible(ça sera difficile de prouver le contraire)est qu’elle reste dans la famille d’accueil d’où l’ASE l’a enlevée
    regimebio

  8. regimebio dit :

    Bonjour,oui,les parents ont des droits puisqu’ils ne l’ont pas abandonnés (enfin!)mais ils ont surtout le droit et le devoir de la rendrent heureuse pour qu’elle puisse s’épanouir pleinement dan…s la joie et le bonheur.Donc la meilleur solution possible(ça sera difficile de prouver le contraire)est qu’elle reste dans la famille d’accueil d’où l’ASE l’a enlevée,jusqu’au jour ou ses parents la récupérerons!
    http://www.youtube.com/watch?v=aBe6TVsp4zg

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