François Bayrou de Montesquieu

Il faut prendre garde à ne point changer l’esprit général d’une nation”, avertit Bayrou dans son livre dont le titre « Abus de pouvoir » rappelle une autre pensée de Montesquieu : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir a tendance à en abuser. Tout homme va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le nierait ! La vertu même a besoin de limites. » Le président du MoDem puise souvent dans les idées de Montesquieu : théorie des équilibres – des poids et contrepoids -, de la séparation des pouvoirs…

Dans « Abus de pouvoir », François Bayrou rappelle quels sont les grands fondateurs de sa pensée et de ses profondes convictions : Pascal, Montesquieu, Hugo, Péguy. Mais dans ses discours, c’est surtout de Montesquieu qu’il se réclame. Tout dernièrement, il a repris l’une de ses citations : « Prenez garde à ne pas changer l’esprit général d’une ­nation. » car, ajoute Bayrou, « C’est très important de comprendre que nous sommes à la fois des héritiers et des constructeurs. Pour un peuple comme le nôtre, l’Histoire nous ­invite à dire où nous voulons aller. »

Bayrou fit aussi de la théorie de la séparation des pouvoirs l’un des crédos de sa campagne présidentielle. En son temps, Montesquieu avait, dans l’Esprit des lois, théorisé la nécessité pour les trois pouvoirs – exécutif, législatif et judiciaire – d’être constitutionnellement protégés. François Bayrou y a ajouté un étage supplémentaire : la presse qui doit, elle aussi, bénéficier de cette protection constitutionnelle. La démocratie française a autant besoin de journalistes libres et indépendants que de juges libres et indépendants. C’est une raison forte de l’engagement de Jean-François Kahn pour le MoDem aux élections européennes. Le journaliste à l’origine de la révélation de l’affaire Ben Barka se montre aussi intransigeant sur cette question. Les photographies truquées, la censure ou l’auto censure dans les médias, toutes ces choses ne sont pas acceptables dans une bonne démocratie. Pas plus que la possession pus ou moins directe de ces médias. Montesquieu n’aurait pas dit le contraire ! On a vu ces derniers jours TF1 licencier un de ses employés sur dénonciation du ministère de la culture (qui s’en défend), montrant encore une fois dans cette déplorable affaire une preuve de collusion entre certaines puissances médiatiques et le pouvoir en place. De même, la direction de TF1 a refusé à Bayrou le droit de venir présenter son dernier livre alors que Sarkozy était venu parler du sien auparavant.

Les principes de Montesquieu ne se limitent pas à la séparation institutionnelle des pouvoirs et à la garantie de leur indépendance. Ils consistent aussi en des principes de raison. Bayrou n’a eu de cesse de les rappeler partout comme ce jour de novembre 2007 au zénith d’Orléans devant quelques centaines de personnes : « Si je suis élu président, je vous promets une révolution. Je vous promets une République honnête, dans laquelle il n’y aura pas de réseaux, pas de mafias, pas d’influences souterraines« , une « République honnête« , fondée sur « la vertu« , celle qui existe dans les livres. L’homme, pétri des valeurs héritées de Tocqueville et Montesquieu, croit en ce qu’il dit et ces mots prennent aujourd’hui une résonance toute particulière quand on entend parler à longueur de temps de scandales d’argent : affaire Tapie, népotisme et copinage, parachutes dorés, niches fiscales, paradis fiscaux, délocalisations sauvages…

A propos de vertu, Montesquieu démontrait dans L’Esprit des lois que l’appât inconsidéré du gain conduit les états à la déchéance et que le but de lois est de rétablir de la justice là où les écarts de richesses indécents s’affichent. Bayrou ne dit pas autre chose. Il s’était engagé à restreindre fortement le train de vie de l’Elysée ; ils s’oppose avec vigueur au « plan » de Sarkozy dont le succès s’appuie sur le développement toujours croissant des inégalités. Pour le philosophe, la loi a des vertus et sa force est d’autant plus grande qu’elle reste sobre, économe : « Les lois inutiles affaiblissent les nécessaires. » Là aussi Bayrou rejoint Montesquieu : on lui a souvent reproché de s’abstenir de voter des textes mais la multiplication de lois n’a pas montrer beaucoup d’heureux effet ces dernières années. En matière fiscale comme en matière de sécurité, elles se sont avérées vaines ou peu pertinentes. Trop de lois ne font que réduire la portée des réformes. Dans cette idée, le programme de la campagne présidentielle de Bayrou ne montrait pas une frénésie réformatrice. Seules les lois vraiment vraiment nécessaires étaient envisagées comme la réforme institutionnelle qui aurait rendu la république plus équilibrée, plus parlementaire et plus citoyenne. La réforme de la justice et de l’éducation aussi.

L’Esprit des lois dénonce le légalisme qui ne fait que cautionner le pouvoir et ses excès : en gros, puisqu’une loi a été votée, elle est juste. Mais, dit Montesquieu, « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi. Mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. » C’est l’idéal de justice qui doit guider le bras du législateur. Le sarkozisme fait voter des lois non pas au nom de ce qui est juste mais au nom du sacro saint principe de l’efficacité. Efficacité et modernisme sont les maîtres-mots. Mais sur quelles vertus ces jusitifications reposent-elles ? demanderait Montesquieu.

On pourait multiplier les exemples : « L’Europe est un État composé de plusieurs provinces » écrit aussi Montesquieu dans les « Lettres persanes » et on sait que Bayrou croit fort en la place des régions au sein de l’Europe. Montesquieu manifestait une préférence pour les gouvernements modérés (« La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés… Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.  » – L’Esprit des lois ) : « L’Europe doit être gouvernée au centre » déclare dans le même esprit Marielle de Sarnez. Et pour « arrêter le pouvoir » comme dit Montesquieu, quel meilleur moyen que le contrôle effectif du citoyen ? « Nous faisons une proposition : qu’il n’y ait plus un seul texte européen qui soit débattu et adopté sans qu’il n’ait été porté à la connaissance des citoyens au moins trois mois à l’avance. Et nous demandons aussi que les réunions du Conseil européen soient publiques et retransmises sur Internet pour qu’il n’y ait plus de double langage de nos gouvernants, favorables aux décisions européennes quand ils sont à Bruxelles, et opposés quand ils rentrent à Paris ! »

On pourra aussi voir des similitudes entre deux citations séparées de plusieurs siècles :

– « C’est une société de gens avares qui prennent toujours et ne rendent jamais ; ils accumulent sans cesse des revenus pour acquérir des capitaux » (Lettres persanes, 1721)

– « Plus les grands patrons néolibéraux augmentent leurs revenus, plus ils estiment excessif le coût de la main-d’oeuvre« . (Jean-François Kahn, Dictionnaire incorrect – 2005)

Bayrou ne dévie pas de son chemin tout tracé dont Montesquieu est l’un des guides majeurs et il répète : “Il faut prendre garde à ne point changer l’esprit général d’une nation« . Il précise : « De Gaulle a eu le génie, par exemple, de ne jamais cesser de voir la Russie sous l’URSS, en un temps où tout le monde pensait que le communisme avait gagné. » Pour la France, c’est pareil. Ce n’est pas parce qu’elle se soumet aujourd’hui aux puissances d’argent qu’elle a perdu son intégrité, son âme.

Partager sur
  • Partager via Facebook
  • Partager via Google
  • Partager via Twitter
  • Partager via Email
Cette entrée a été publiée dans Non classé. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à François Bayrou de Montesquieu

  1. L'hérétique dit :

    Joli ! clap clap clap :-)

Laisser un commentaire