Les paroliers (2)

Voici trois autres paroliers de talent qui ont collaboré avec de grands artiste français. Étienne Roda-Gil, le fils d’exilés espagnols, Jean Roger Caussimon, l’ami de Léo Ferré, et Gilles Thibaut, l’auteur du tube international « Comme d’habitude » qui écrivit « Hamlet » pour Johnny Hallyday.

Julien Clerc et Étienne Roda-Gil, le parolier « utile »

Esteve Roda Gil alias « Étienne Roda-Gil » est né à Montauban en 1941, dans un camps de réfugiés (mort en 2004). Il était auteur de chansons mais aussi dialoguiste.

Il est issu d’une famille de combattants républicains espagnols exilés. Son père fut interné au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne) et sa mère dans les camps d’Argelès et de Gurs. Marqué par ses origines, Étienne Roda-Gil sera anarchiste, fasciné par le Che, Aragon, le Front populaire et la Révolution française.  Sa carrière commence quand il fait la rencontre de Julien Clerc en 1968 dans un café du Quartier latin de Paris. Il entame avec lui une collaboration fructueuse qui s’interrompt en 1980. Avec un retour en 1992 pour l’album « Utile » qui obtiendra le Prix Vincent Scotto (« A quoi sert une chanson si elle est désarmée ? »). Roda-Gil écrit aussi pour France Gall, la compagne de ce dernier à l’époque.

« Les textes d’Etienne, explique Julien Clerc, ne ressemblaient à rien de ce que je connaissais, c’était très fort et, surtout, je n’avais pas de mal à mettre de la musique dessus. Je ne comprenais pas tout ce que je chantais, c’était de la poésie baroque, assez hermétique, c’était beau. Ce qui a fait notre succès, c’est que nous n’avions aucun formatage, nous partions dans tous les sens. » Claude François aussi avoua ne pas avoir tout compris des deux chansons que Roda lui avait écrites. « Alexandrie, Alexandra » et « Magnolias for ever » devinrent pourtant les plus grands succès de sa carrière.

Le style frais et étonnant de Roda-Gil fait merveille avec « Ce n’est rien » : « une tourterelle et qui s’éloigne à tire d’aile en emportant le duvet qui était ton lit », « Et ce n est qu’une fleur nouvelle et qui s’en va vers la grêle comme un petit radeau frêle sur l’Océan… » D’autres chansons sont écrites pour Julien Clerc : « La Californie »,  « Si on chantait », « Niagara », « This Melody » (« les gens d’ici…).

Roda-Gil écrira la plupart des chansons du splendide album « Cadillac«  (1989) de Johnny. Voici comment Étienne Roda-Gil le décrit l’album : « Cadillac est parti un jour du Sud de la France, les mains dans les poches et un chagrin d’amour dans le cœur… C’était il y a longtemps, au XVIIe siècle, quand on pouvait marcher vers l’Ouest, fonder des villes… Cadillac a fondé Detroit, la capitale des moteurs et du rock ‘n’roll. Ce n’est pas par hasard, c’est le Destin. Des voitures, aujourd’hui, portent son nom et les limousines s’appellent Limousines parce que c’était le nom de la langue qu’il parlait. On retrouve, aujourd’hui, sur des voitures le blason que ses ancêtres avaient ramené des croisades. Le cœur est un moteur. Il invente des rêves, des musiques, des mots, des villes et invente le Futur. Cadillac est le Père Fondateur du Rock ‘n’Roll. » Tous les textes sont de Roda-Gil (dont deux coécrits avec David Halliday : « Mirador », Possible en moto ») qui s’est cependant inspiré d’un poème d’Antonio Machado  pour « Testament d’un poète ».

Il est aussi l’auteur de nombreux succès comme : « Le Lac Majeur » (audio) par Mort Shuman, « Géronimo » (Catherine Lara), « Joe le taxi », « Marilyn et John » (Vanessa Paradis), « Magnolias for ever », « Alexandrie, Alexandra » et « Ève » (Claude François), « Sincérité » (Richard Cocciante)…

Pour Angelo Branduardi.« La demoiselle » (vidéo) et « Va où le vent te mène » (vidéo tirée du Grand échiquier de Chancel) .

Léo Ferré et Jean-Roger Caussimon, le « gauchiste à la mode »

Né en 1918 à Montrouge (mort en 1985), Jean Roger Caussimon éait un acteur et un auteur-compositeur-interprète. Il est notamment l’auteur de la chanson Monsieur William (texte mis en musique par son ami Léo Ferré). Jean-Roger Caussimon fut le parolier contemporain privilégié de Léo Ferré, et les deux hommes resteront amis fidèles jusqu’à la mort de Jean-Roger Caussimon. De 1946 à 1985, Léo Ferré a mis en musique une vingtaine de textes de Jean-Roger Caussimon. Ecoutons ici ses versions – dans un style proche de celui de Ferré – de :

Le temps du Tango, Comme à Ostende, Nous deux, Ne chantez pas la mort, Monsieur William, Mon camarade, les indifférentes,…

Quelques-une de ses autres chansons. « Le funambule » / « Les coeurs purs » / « Le gauchisme à la mode »

Johnny et Gilles Thibaut

Comme on le voit sur la photo, Gilles Thibaut était trompettiste. Il collabora avec Sidney Bechet avant de diriger son propre orchestre de jazz. Mais c’est en tant que parolier qu’il nous intéresse ici. À partir de 1965, il écrit régulièrement pour Johnny Hallyday, 38 chansons au total, dont : « Cheveux longs et idées courtes » (1966), « Que je t’aime » (1969), « Requiem pour un fou » 1976, « Ma gueule » (1979).

Gilles Thibaut est l’auteur du livret du double album « Hamlet » (1976), le chef-d’oeuvre de Johnny Halliday. « Je l’aimais / il est fou » qui figure sur cet album est en quelque sorte la version shakespearienne de « Requiem pour un fou », chanson sortie la même année et qui reprend les mêmes thèmes. « La mort d’Ophélie » est un joyau de mélancolie et de tristesse avec des clins d’oeil musicaux : introduction sur un glissé à la guitare classique à la manière de Villa-Lobos, arpège au piano, rappelant les préludes de Chopin, etc.  L’excellente orchestration est de facture classique. Exceptions, deux morceaux rock « Le cimetière » où les mots du refrain sonnent assez anglo-saxon « crânes qui roulent, tourneboulent ». Et « Le duel ». Il s’agit ici d’un duel avec la mort, dont l’ombre plane comme le montre bien la pochette de l’album.

Dès juin 1967, il écrit les paroles d’une vingtaine de chansons pour Claude François, notamment « Comme d’habitude » que Paul Anka adaptera en anglais sous le titre My way.

 

 

 

 

 

 

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