Adieu Louise !

Souvenez-vous de cette chanson au texte magnifique : « Louise ».

Mais qui a soulagé sa peine
Porté son bois porté les seaux
Offert une écharpe de laine
Le jour de la foire aux chevaux

Et qui a pris soin de son âme
Et l’a bercée dedans son lit
Qui l’a traitée comme une femme
Au moins une fois dans sa vie

Le bois que portait Louise
C’est le Bon Dieu qui le portait
Le froid dont souffrait Louise
C’est le Bon Dieu qui le souffrait

C’n’était qu’un homme des équipes
Du chantier des chemins de fer
À l’heure laissée aux domestiques
Elle le rejoignait près des barrières

Me voudras-tu moi qui sais coudre
Signer mon nom et puis compter,
L’homme à sa taille sur la route
Passait son bras, la promenait

L’amour qui tenait Louise
C’est le Bon Dieu qui le tenait
Le regard bleu sur Louise
C’est le Bon Dieu qui l’éclairait

Ils sont partis vaille que vaille
Mourir quatre ans dans les tranchées.
Et l’on raconte leurs batailles
Dans le salon après le thé

Les lettres qu’attendait Louise
C’est le Bon Dieu qui les portait
La guerre qui séparait Louise
C’est le Bon Dieu qui la voyait

Un soir d’hiver sous la charpente
Dans son lit cage elle a tué
L’amour tout au fond de son ventre
Par une aiguille à tricoter

Si je vous garde Louise en place
C’est en cuisine pas devant moi
Ma fille prie très fort pour que s’efface
Ce que l’curé m’a appris là

Et la honte que cachait Louise
C’est le Bon Dieu qui l’a cachée
Le soldat qu’attendait Louise
C’est le Bon Dieu qui l’a vu tomber

Y a cinquante ans c’était en France
Dans un village de l’Allier
On n’accordait pas d’importance
A une servante sans fiancé

Le deuil qu’a porté Louise
C’est le Bon Dieu qui l’a porté
La vie qu’a travaillé Louise
C’est le Bon Dieu qui l’a aidée

Cette chanson est non seulement très belle, elle est intéressante à divers titres : elle évoque des sujets difficiles comme l’avortement (9ème couplet), l’accès à l’instruction, la pression morale et religieuse, la folie de la guerre des tranchées. Le message est tellement fort, authentique et bien exprimé que je pense qu’il est possible qu’il y ait une part de vécu raconté par le parolier Frank Thomas. Mais mes recherches n’ont pas permis de vérifier mon hypothèse…

Mon frère à moi est un gangster

Son interprète, Gérard Berliner est mort hier. Pour l’anecdote et pour expliquer le titre curieux de cette seconde partie, il était le (demi) frère de Bruno Berliner, gangster français des années 80, membre du célèbre gang des postiches.

Les paroles de « Louise » sont signées du parolier Frank Thomas et Gérard Berliner a su donner à ce texte une rare dimension. Elles ne sont pas légion les chansons fortes, authentiques, qui font hérisser les poils de la peau, qui font pleurer. Il y a « Avec le temps » de Ferré, « Mon vieux » de Jean Ferrat et rendu célèbre grâce à Daniel Guichard. Ou encore « Le Sud » de Ferrer. J’ai d’ailleurs écrit l’autre jour un texte « Ferrat, Ferré, Ferrer » que vous trouverez plus bas sur ce blog.

Berliner et son alter Hugo

Mais aujourd’hui, je rends hommage à Gérard Berliner, ce chanteur qui a aussi donner tant de force et d’émotion aux textes de Victor Hugo (que l’on peut écouter ici sur le site Musicme). Le chanteur sait restituer toute la puissance du chant déchirant du père Hugo pour sa fille disparue dans des conditions dramatiques. Si sa version de « Demain dès l’aube » me laisse perplexe sous le titre « Aimer est plus que vivre », le titre « Il n’avait qu’à me laisser vivre » (… « avec ma fille à mes côtés ») est d’un rendu impeccable et sait rendre hommage au grand poète et à ses drames.

Une des caractéristiques de Gérard Berliner est de jouer sur les variations de tonalité de sa voix qu’il peut avoir haut-perchée. La dernière partie de « Louise » comme d’autres chansons prend une subite intensité avec présence importante de l’orchestre (parfois un peu trop) et prend une accélération haletante. Ainsi dans « Louise », le couplet qui évoque les tranchées de la Guerre de 14.

Déjà dans « Louise », on sent percer Hugo avec ce premier couplet qui décrit l’amour des simples : un amour sans parole qui passe par le geste et le fardeau que l’on partage, ainsi que le fit Jean Valjean en empoignant le seau de Cosette. Le texte de Frank Thomas sait restituer toute une époque avec de simples évocations, avec une histoire hélas banale. Cette force, cette émotion, Gérard Berliner les avaient retrouvées grâce à Victor Hugo, son « alter Hugo » comme il disait.

Liens :

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Le site officiel de Gérard Berliner

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Une réponse à Adieu Louise !

  1. thierry Vallée dit :

    Bonjour,
    J’ai appris il y a quelques jours la disparition de Berliner et j’en ai été consterné. Je me suis toujours demandé pourquoi cet artiste n’avait pas eu, après « Louise », davantage de succès. Je pourrais me consoler en avançant que mes compatriotes ne sont que des philistions mais je sens que la réponse serait trop courte. Bien d’autres restent largement méconnus des nouvelles générations et sont pourtant de vrais poètes. Je pense à Georges Chelon qu’aimait tant Ferrat, à Frédérik Mey que l’on a pas hésité à appeler « le Brassens d’outre-Rhin », à escudero aussi. En ce qui concerne la version de Berliner pour « demain, dès l’aube » je trouve le travail et le résultat remarquable. La poésie française est méconnue et lorsqu’elle l’est, n’est-ce pas à travers les chansons? combien de textes d’Aragon mis à la portée de tous par Ferrat? d’aucuns sont persuadés, d’ailleurs que c’est du Ferrat! et Richepin, Joyce par Brassens? Gainsbourg avait tort : la chanson est un art majeur lorsqu’elle est portée par des Reggiani. Et c’est un amoureux de la littérature qui vous le dit!
    Adieu Gérard et merci pour l’oeuvre que tu nous a laissée.
    Thierry

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