L’alphabet européen de Marielle de Sarnez

Je pensais connaître assez l’Europe pour m’en faire une idée assez précise et me rendre aux urnes dimanche 7 juin prochain. Mais en lisant le « Petit dictionnaire pour aimer l’Europe » de Marielle de Sarnez, je dus admettre que j’avais des lacunes. La députée européenne nous fait partager son expérience à travers ce petit ouvrage qui va droit à l’essentiel. Le ton est neutre ; il n’est pas polémique contrairement à celui de Bayrou dans « Abus de pouvoir » paru depuis. Le contenu est sobre et utile.

Facile à lire l’alphabet de Sarnez sur l’Europe ! Pratique aussi : On peut aller directement à la question qui nous intéresse. on pourrait prendre cela pour un inventaire à la Prévert où les bananes côtoient les tulipes, l’Airbus et la BCE. Mais la démarche est expliquée : Marielle de Sarnez a souhaité initier le lecteur au phrasé court du député européen encadré dans un temps de parole de deux minutes. Pas de chapitres à longueurs donc même sur des sujets qui tiennent à nos coeurs de Français, comme les fromages ! Un exercice d’équilibre imposé et réussi.

Pourquoi cette méthode alors que les rubriques pouvaient être regroupées de façon cohérente par grands thèmes ? L’auteur pouvait par exemple rassembler plusieurs thèmes sous une rubrique générale appelée « L’Europe et le reste du monde ». Elle évoque le Kosovo, le Darfour, l’Irak, le Dalaï-Lama, la Chine… A propos de la Chine et du Dalaï-Lama, elle déplore la position divisée de l’Europe sur la question des JO de Pékin et la diplomatie à part de Sarkozy qui s’y rendit mais ne daigna rencontrer le Dalaï-Lama qu’hors de France : en Pologne ! Si encore ce geste avait permis de contenter la Chine mais celle-ci ne ne lui saura aucun gré. Sarkozy a perdu sur les deux tableaux, dit Marielle de Sarnez.

On apprend des choses intéressantes à la lecture de ce livre. Par exemple que la première bulle spéculative fut européenne : la bulle de la tulipe, que ce sont les Français qui ont imposé à l’Europe l’heure d’hiver et l’heure d’été, pour râler après et demander à revenir en arrière, ce qui supposait que les autres pays européens se réorganisent en sens inverse, ce qu’ils ont refusé.

Cet ouvrage ne se lit par forcément d’un trait puisqu’il est fait de courtes rubriques. En tournant les pages au hasard, on peut en savoir plus sur Erasmus ou Daphné, de curieux noms pour des programmes politiques. La fervente députée européenne perpétue Erasmus, l’enfant de Jacques Delors. Elle s’investit activement dans son développement. Car la construction européenne, c’est aussi cela : prolonger l’oeuvre des prédécesseurs et bien sûr des pionniers.

La députée européenne fait bien entendu le tour des institutions de l’Europe : le Conseil, le Parlement, la Cour de justice, les traités, la banque centrale. Le tout d’une façon très pédagogique et limpide. L’opinion partisane que l’on s’attend à voir émerger à chaque tournant se fait discrète, en tout cas fort peu dogmatique. Instruire le citoyen est la mission première de ce petit lexique.

Car Marielle de Sarnez est persuadée que le 7 juin prochain est un rendez-vous citoyen ; elle milite pour que ce dernier prenne une place plus importante dans les débats et les institutions européennes. La députée européenne et vice-présidente du MoDem considère les citoyens européens comme responsables de leur destin. Marielle de Sarnez renvoie très souvent la balle au citoyen mais en lui donnant les éléments pour juger par lui-même. Ainsi sur la question des OGM ou de l’entrée de la Turquie en Europe. « Petit dictionnaire pour aimer l’Europe » est un modèle de livre pour “citoyens engagés”, intéressés par le débat.

Pour les élections européennes, Marielle de Sarnez espère de toutes ses forces qu’un réveil citoyen fera dresser un barrage contre Barroso, le président de Commission que les démocrates, toute tendances confondues, considèrent comme un béni-oui-oui du néolibéralisme. Les peuples européens ont besoin de s’affranchir de cette détestable gouvernance marionnette dictée par les gouvernements libéraux et qui foule au pied la démocratie comme l’idéal européen. Pour porter cet idéal et lui redonner souffle à un moment où la crise économique appelle un sursaut, un projet commun solide et une vision plus communautaire, il faut un européen authentique au poste de président de commission. Mais ça, c’est une autre histoire, et pour cela il faut commencer par aller voter le 7 juin !

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