Sarkozy : le produit et l’emballage

Sarko, c’est un bon produit qui se vend bien surtout grâce à son emballage. Or, voilà que le jeudi 5 février à la télévision, il a fait un flop. C’est que l’emballage a fait défaut ! Des interviews de « vraies gens » clamant leur mécontentement et leurs doutes, des journalistes qui – cela s’est trop vu ! – se montraient trop complaisants, tout cela a nui à cette opération publicitaire. Le produit lui-même ne fut pas à la hauteur : quantité d’erreurs et d’approximations ont fait le régal des commentateurs. Sarkozy revient donc jeudi avec un nouvel emballage !

Deux jours après Astérix sur TF1, farce à gros budget dans laquelle son ami Clavier fait le pitre pour faire oublier Pointe-à-Pitre, et 14 jours après ce « farce à la crise », verra-t-on « Sarkozix le hongrois » récidiver dans l’avalanche de nouvelles gaffes ? Ou bien le président fera-t-il preuve de prudence cette fois-ci dans ses affirmations et dans ses annonces ? Suspendons notre souffle, car même dans ses petites phrases, il a « foiré ». Certes, il a rectifié ses propos sur les grèves qu’on « n’aperçoit plus » et la vox populi dont il ne « tient pas compte », mais il a remis le couvert en tirant le premier sur messieurs les Anglais et sur leur TVA, avec tant d’ironie et de raillerie qu’il a fallu déployer encore des trésors de diplomatie discrète pour atténuer le courroux d’un peuple blessé par notre président vindicatif qui nous fâche décidément avec la terre entière, sauf bien entendu avec les Américains ! Sarko l’incorrigible !

Avec Sarkozy, tout n’est que produit !

Nicolas Sarkozy s’est voulu lui-même un objet marketing en organisant sa campagne électorale comme il a choisi de la mener. Ses slogans comme ses actions sont des occasions de tester le marché et de prendre des parts. Chaque parole, chaque mouvement, est pensé comme un investissement qui doit être suivi de retours. Tout est question de feed back, de rapport, de rentabilité. Bref, rien n’est gratuit et tout doit rapporter. C’est pour cela d’ailleurs qu’est déclaré officiellement révolu le temps de la pensée (qui n’est pas jugée rentable à court terme) au profit de la seule action, bonne ou mauvaise d’ailleurs, utile ou inutile, pourvu qu’elle produise des dividendes pour les actionnaires, à savoir le chef de l’Etat lui-même, qui est tout sauf désintéressé, et ses amis de l’UMP et des affaires.

On rend service mais à charge de retour d’ascenceur. Les ministres de l’ouverture en sont l’exemple. Eric Besson en est réduit à commencer son ministère de l’Identité nationale en faisant du zèle. Jean-Pierre Jouyet, lui, n’est pas ministre mais il s’est vu offrir la fonction de président de l’Autorité des marchés financiers. Si le ministre du Budget vient de lui faire cadeau d’une augmentation fabuleuse et rétroactive (en pleine crise, son indemnité de fonction va passer de 149 000 euros à 220 000 euros), ce n’est pas pour ses beaux yeux, c’est bien avec obligation de contreparties. Dominique Strauss-Kahn doit son poste de président du FMI à Sarkozy ainsi que – peut-être – l’oubli d’une pièce confondante lors de l’examen de son affaire de moeurs hongroise. Bernard Kouchner a reçu le plein soutien du président dans son affaire révélée par Pierre Péan que d’aucuns disent ébruitée par l’UMP elle-même. Scénario qui ne serait pas absurde : ce serait là encore un moyen de s’acheter une servilité plus productive de la part du french doctor.

Les ministres de la diversité, idem. Leur nomination est le résultat d’un calcul de rentabilité immédiate en termes de popularité. Le chef de l’Etat, en investisseur, tient à rentabiliser ses produits de la diversité au meilleur rendement en les exhortant à se présenter aux élections européennes, comme il a contraint ses ministres à se faire élire à un mandat.

Sarkozy lui-même est un produit.

Ce n’est pas un hasard si ce sont développés des produits dérivés : chansons, T-Shirts et poupée vaudou. Sarko est un produit qui marche fort. En tout cas, quand l’emballage est à la hauteur. Or, ce fut loin d’être le cas le jeudi 5 février à la télévision. Et nous assistons, surtout depuis l’élection d’Obama, à une « guerre des étoiles ». D’où ce nécessaire « retour du Jedi », ce retour de jeudi qui pourrait être : « Le pire contre-attaque »…

Mais Sarkozy n’est bon que par l’emballage.

Le produit lui-même est très commun et même souvent vulgaire (médiocre, inculte, plein de tics et de tocs et scandant des injures). Ce qui fait la différence, c’est l’emballage : les images dignes de la presse people pour faire rêver la populace, la fêtes au Fouquet’s, le yacht de rêve, les stars et paillettes de la chanson, la belle Carla, la montre de luxe, le sauvetage des otages ou le Zorro de la crise…Sans cette panoplie, et surtout sans son fric qui coule à flots, le produit Sarkozy ne vaudrait pas tripette. Personne ne se retournerait sur son passage.

Mais sa marge de manœuvre se fait étroite. Quel nouvel emballage pourra-t-il donc trouver cette fois pour faire oublier aux Français, qui ne sont plus dupes, que ses grandes annonces sont foulées au pied chaque jour par la réalité ? Bref, qu’elles sont bidon ! La refondation du capitalisme ? Le cadeau à Jouyet et les dividendes historiques de Total égoïstement réservées aux actionnaires, n’en sont pas l’exemple ! La division des richesses par tiers comme il l’a dit le 5 février ? Madame Parisot a dit non, et donc ce sera « non » une fois encore : tout comme ne seront pas touchés les salaires et les privilèges exorbitants des gros PDG.

Nous aurons droit à un énième coup de bluff. Mais, n’empêche, Sarkozy est un bon produit marketing. Il a même fait beaucoup d’émules chez les socialistes, selon Christian Blachas, fondateur de Culture pub, qui voit dans la politique actuelle une concurrence de produits, le produit PS, le produit Besancenot, le produit Sarkozy. Concurrence de produits dont le MoDem se tient à l’écart.

 

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